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Marché : L'italie sous surveillance après la décision de s&p

L'italie sous surveillance après la décision de s&pL'italie sous surveillance après la décision de s&p

par Gavin Jones

ROME (Reuters) - L'abaissement surprise de la perspective de Standard & Poor's sur l'Italie pourrait marquer le début d'une surveillance accrue du marché à l'égard de la troisième économie de la zone euro, qui doit relever des défis sans doute trop ardus pour elle.

Rome a échappé pour le moment à la crise de la dette qui secoue la Grèce, l'Irlande et le Portugal, en grande partie grâce à une politique budgétaire prudente et à de bas niveaux d'endettement privé.

Mais si les investisseurs commencent à se focaliser sur les chiffres de la croissance, les faibles perspectives de réformes et leurs conséquences pour le plan de réduction de la dette publique, alors les rendements des emprunts italiens pourraient s'envoler et rendre la situation intenable.

L'agence de notation Standard & Poor's a précisément mis le doigt sur ces problèmes pour justifier samedi un abaissement de sa perspective sur la note de crédit de Rome.

Cette décision ne devrait pas précipiter l'Italie dans la crise, estiment les analystes, mais l'évolution de la situation dans la zone euro semble si imprévisible que le pays est bel et bien fragilisé.

Signe que le marché redoute que la crise de la dette fasse un nouvelle victime, l'euro a atteint lundi un plus bas historique face au franc suisse, touchant 1,2345 franc sur la plate-forme électronique EBS. Face au dollar, la monnaie unique est passée brièvement sous 1,40 dollar pour la première fois en deux mois.

L'écart de rendement entre la dette italienne à 10 ans et son équivalent allemand de même échéance a touché lundi son plus haut depuis janvier, grimpant de 15 points de base (pdb) à 187 pdb.

Selon les analystes, le rendement des obligations d'Etat italiennes devrait sans doute grimper à court terme, puis se calmer, mais les faibles performances économiques du pays deviendront à moyen terme une épée de Damoclès pour ses emprunts.

Raj Badiani, économiste d'IHS Global Insight, dit s'attendre à "un accroissement modéré des écarts de rendement" entre la dette italienne et le papier de référence.

UNE HAUSSE DURABLE DES TAUX PEU PROBABLE

Mais une envolée durable des taux italiens semble peu probable étant donné que S&P n'a pas placé Rome sous CreditWatch avec implication négative, ce qui aurait impliqué une probable modification de la note à court terme, généralement sous 90 jours.

L'agence s'est bornée à abaisser sa perspective, ce qui signifie qu'il y a une chance sur trois que la note souveraine italienne soit déclassée dans les 24 mois, et il y a d'ailleurs peu de chances que ses concurrentes Moody's et Fitch lui emboîtent le pas.

Des trois principales agences de notations, S&P est souvent celle qui a adopté la vision la plus pessimiste sur l'Italie.

"A notre sens, les perspectives de croissance actuelles de l'Italie sont faibles, et l'engagement politique en faveur de réformes destinées à stimuler la productivité semble hésitant", a estimé Standard & Poor's dans un communiqué diffusé samedi matin, jugeant par conséquent que "les perspectives de réduction de la dette publique de l'Italie ont reculé".

La dette publique italienne atteignait 119% du produit intérieur brut (PIB) à fin 2010, soit le deuxième plus fort ratio de la zone euro derrière la Grèce. Le gouvernement italien estime qu'elle restera au-delà de ce niveau cette année et la suivante.

LA FAIBLE CROISSANCE, UN MAL ITALIEN

Mais le vrai problème de l'Italie, c'est la faiblesse de la croissance. Selon les données du Fonds monétaire international (FMI), son économie a connu la quatrième plus faible expansion au monde entre 2000 et 2010, juste derrière le Zimbabwe, l'Erythrée et Haïti.

Sur les dix dernières années, c'est la seule économie développée qui a connu un recul de son PIB par habitant et le pouvoir d'achat réel des Italiens a reculé de 4%.

"Dans une certaine mesure c'est un cercle vicieux, il n'est pas possible réduire la dette si l'économie ne croît pas et l'économie ne croît pas si la dette n'est pas réduite", en raison de l'augmentation de la part du budget dédiée au versement des intérêts de la dette, relève Gianluigi Madruzzato, analyste pour Banca BSI.

L'austérité budgétaire n'étant pas viable sur la durée, seul un programme de réformes structurelles radicales pourrait améliorer le potentiel de croissance italien.

"Lors qu'on voit ce que l'Espagne a fait depuis un an et demi, c'est un agenda de réforme plutôt bien rempli, tandis qu'en Italie nous n'avons quasiment rien vu", assène Raj Badiani.

Comme S&P l'a noté, le contexte politique ne se prête pas à d'ambitieuses réformes: Silvio Berlusconi, confronté à une popularité en berne, est à la tête d'une majorité fragile et semble plus absorbé par ses démêlés judiciaires que par une refonte de l'économie italienne.

"Je pense que la probabilité d'assister à des réformes profondes avant les prochaines élections en 2013 est virtuellement de zéro", conclut Gianluigi Mandruzzato.

Jean Décotte pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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