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Marché : Hollande-sarkozy, mêmes objectifs économiques, méthodes opposées

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par Jean-Baptiste Vey et Matthias Blamont

PARIS (Reuters) - François Hollande et Nicolas Sarkozy proposent tous deux des programmes de rigueur fondés sur une croissance supérieure aux attentes, avec l'objectif commun de redresser les comptes publics et l'emploi, mais des recettes idéologiquement opposées.

Pour ramener le déficit public à 3% du PIB fin 2013, leur premier défi, le candidat socialiste et le président sortant prévoient d'augmenter les impôts et de freiner la hausse des dépenses, François Hollande équilibrant l'effort entre les deux tandis que Nicolas Sarkozy contraindrait davantage les dépenses.

Pour faire reculer le chômage, adapter le système social et relancer l'industrie, le candidat socialiste prévoit d'utiliser les armes fiscale et budgétaire et de confier ces problématiques aux partenaires sociaux à l'occasion d'une grande négociation.

Le président sortant promet pour sa part de former les chômeurs, qui seraient en échange contraints d'accepter une offre d'emploi. Il veut permettre aux entreprises de déroger aux règles sur le temps de travail et les rémunérations, et baisser leurs coûts à travers la "TVA sociale" prévue pour octobre.

Alors que la récession fait dérailler les trajectoires budgétaires de plusieurs pays européens, la pression sur le prochain président sera forte.

"Aucun des deux candidats n'aura de grandes marges de manoeuvre en raison des contraintes liées à la crise dans la zone euro", résume Tina Fordham, analyste chez Citi Global Markets.

Comme souvent en France, les deux finalistes s'appuient sur des prévisions de croissance supérieures à celles du FMI, de l'OCDE, de la Commission européenne et des économistes. Des mesures de rigueur additionnelles pourraient dès lors s'imposer.

Après un net ralentissement cette année (0,5% selon François Hollande et 0,7% pour Nicolas Sarkozy), la croissance atteindrait 1,7% l'an prochain puis 2% de 2014 à 2017, et même 2% à 2,5% à partir de 2015 selon François Hollande.

"Les deux sont trop optimistes sur la croissance", estiment les économistes de Crédit Agricole-CIB. "Les deux programmes manquent d'une stratégie crédible et globale pour doper la compétitivité et la croissance."

UN REDRESSEMENT HISTORIQUE

Favori des sondages, François Hollande prévoit de rétablir l'équilibre des comptes publics fin 2017, une première depuis 1974. Nicolas Sarkozy prévoit de le faire un an plus tôt.

Atteindre le déficit zéro représente un effort d'une centaine de milliards d'euros en cinq ans, dont une quarantaine d'ici fin 2013, soit autant que le budget annuel de la défense.

"Malgré l'engagement fort des candidats à maîtriser les déficits, nous soulignons l'ampleur historique de l'ajustement qui serait nécessaire", notent les analystes de Barclays.

Selon le président sortant, l'annihilation rapide du déficit est nécessaire pour éviter une panique des investisseurs comparable à celle connue par l'Espagne. La France affichant un taux de prélèvements obligatoires plus élevé que nombre de ses partenaires, l'essentiel de l'effort doit selon lui passer par la maîtrise des dépenses.

François Hollande estime quant à lui qu'une réduction brutale des dépenses affaiblirait l'économie, donc les recettes publiques, ce qui accroîtrait le déficit au lieu de le réduire. Les socialistes soulignent aussi l'importance donnée à la croissance par les agences de notation.

Dégradée par Standard and Poor's en janvier, la note de la France - toujours "triple A" chez Moody's et Fitch - est en perspective négative chez les trois agences.

L'exercice annoncé par François Hollande vise à augmenter les impôts là où l'impact serait selon lui le moins sensible : les ménages les plus riches et les plus grandes entreprises.

Le candidat socialiste prévoit 30 milliards d'euros d'impôts nouveaux pour réduire le déficit et une quinzaine de plus pour financer une partie de ses 20 milliards d'euros de mesures. Certaines de ces mesures doivent selon lui soutenir la croissance et l'emploi, d'autres doivent rétablir la "justice" comme l'adoucissement de la réforme des retraites. Le candidat socialiste supprimerait en revanche la hausse de la TVA décidée pour octobre et qui frapperait tous les consommateurs.

Face à lui, Nicolas Sarkozy affirme que l'essentiel des hausses d'impôts a été voté et que seuls 13 milliards supplémentaires seront nécessaires. L'effort principal annoncé par le président sortant porterait sur la contrainte des dépenses, dont la hausse serait limitée à 0,4% par an contre 1,7% en moyenne de 2007 à 2010. François Hollande prévoit de limiter la hausse des dépenses à 1,1% par an.

Selon les deux candidats, ce ralentissement des dépenses permettra de baisser leur montant en pourcentage du PIB d'ici la fin du prochain quinquennat.

Sur le front des finances publiques, leur objectif est le même : faire baisser le ratio de dette sur PIB, qui s'approche de 90%, pour le ramener à environ 80% fin 2017. La dette publique s'élevait à environ 1.700 milliards d'euros fin 2011 contre environ 1.150 milliards fin 2006, soit une hausse de près de 50% en cinq ans.

Le chiffrage du programme de Nicolas Sarkozy a été très critiqué par les centristes, les socialistes et plusieurs think tanks, qui estiment qu'il est loin du compte. Le programme de François Hollande a surtout surpris par le petit nombre de réformes structurelles qu'il propose.

"Les discussions sur un agenda de réformes structurelles (marché du travail, des biens et des services) sont, de façon surprenante, absentes de la campagne de François Hollande", soulignent les analystes de Barclays. "Cela étant dit, nous voyons des raisons de croire dans la capacité de François Hollande à mener des réformes : le Parti socialiste a traditionnellement une bonne relation avec les partenaires sociaux et François Hollande est connu pour construire des consensus."

Pour Gilles Moec, de Deutsche Bank, "atteindre son objectif de déficit zéro en 2017 est sous-tendu par des prévisions de croissance ambitieuses dont nous pensons qu'elles ne sont pas crédibles sans des réformes structurelles rapides sur lesquelles les socialistes sont actuellement totalement silencieux".

EMPLOI : RELANCE OU COMPÉTITIVITÉ

Le prochain président devra faire de la baisse du chômage une priorité. Mais dans la course à la victoire le 6 mai, Nicolas Sarkozy ne part pas à égalité avec son rival socialiste.

Le président sortant devra convaincre ou faire oublier que la crise économique et financière, dépeinte comme la plus grave depuis la dépression de 1929, l'a empêché d'enrayer la hausse du nombre de demandeurs d'emploi. En 2007, le chômage était plus élevé en Allemagne qu'en France. C'est l'inverse aujourd'hui.

Le nombre de demandeurs d'emploi en France a augmenté pour le onzième mois consécutif en mars pour atteindre son plus haut niveau depuis septembre 1999. La dégradation a touché toutes les catégories de demandeurs d'emploi et porté la hausse de leur nombre à 35% depuis l'élection de Nicolas Sarkozy en mai 2007.

Depuis cette date, le chômage de catégorie A en France métropolitaine, la catégorie la plus regardée, a augmenté de 746.900 personnes. Pour les catégories A, B, C, ce nombre est en hausse de 1.077.800.

Le taux de chômage approche quant à lui le seuil de 10% de la population active, un palier qui pourrait être franchi dès le mois de juin selon l'Insee.

Nicolas Sarkozy a fait de la "compétitivité" la pierre angulaire d'un éventuel deuxième mandat. Le cadre des 35 heures, trop rigide à ses yeux, serait encore assoupli par des accords de branche ou d'entreprise et la TVA serait relevée pour baisser le coût du travail.

Le président sortant veut baisser de manière dégressive le montant des allocations chômage quand le taux de chômage aura commencé à reculer et souhaite un référendum sur la formation des demandeurs d'emploi, assortie de l'obligation d'accepter une offre correspondante.

La poursuite de la crise de la dette dans la zone euro et la hausse du nombre des demandeurs d'emploi sur tout le territoire l'empêche de donner toute prévision chiffrée. Le Premier ministre François Fillon estime cependant que le projet de Nicolas Sarkozy fera diminuer le chômage à partir de la deuxième partie de l'année, à tout le moins à partir de fin 2012.

S'il est élu, François Hollande devrait bénéficier d'un "état de grâce" lié à l'alternance pour engager ses réformes. Cet avantage sera toutefois de courte durée.

Pour faire diminuer le chômage, le candidat socialiste compte sur une batterie de mesures publiques et sur le soutien aux petites et moyennes entreprises. Il promet notamment un "contrat de génération" destiné à intégrer les jeunes dans les entreprises tout en conservant les salariés les plus âgés, et la création de 150.000 "emplois d'avenir", une remise au goût du jour des "emplois jeunes" du gouvernement Jospin. Il annonce également un recentrage de la formation sur les publics les moins formés et le renforcement des moyens de Pôle Emploi.

François Hollande espère lui aussi des résultats dès la première année de son éventuel quinquennat, en privilégiant la croissance par la relance, quand son rival fait de la compétitivité un préalable au retour de l'emploi.

FAIBLESSES STRUCTURELLES

Appelé à répondre aux urgences du chômage et du redressement des finances publiques, le prochain président devra aussi résorber des faiblesses structurelles qui fragilisent l'économie française depuis la fin des "trente glorieuses".

Le commerce extérieur, "marqueur de l'indépendance d'un pays" selon le secrétaire d'Etat Pierre Lellouche, n'a été excédentaire que 10 années depuis 1950. En 2011, le déficit commercial a dépassé 70 milliards d'euros, un record.

La part de marché de la France dans les échanges mondiaux se dégrade. Elle s'élevait à 3,3% l'an dernier contre 5,8% en 1995.

Surtout, le déficit des exportations avec l'Union européenne, qui représentent 61% du total des produits vendus hors de France, s'est encore creusé.

Le déséquilibre des échanges extérieurs se retrouve dans celui des paiements courants, lequel mesure l'évolution de l'endettement du pays vis-à-vis de l'extérieur, alors que près des deux tiers du stock de la dette négociable française sont détenus par des non-résidents.

Pour relancer la machine exportatrice française, les deux finalistes misent sur le soutien aux petites et moyennes entreprises et aux entreprises de taille intermédiaire, le tout accompagné d'une dose de protectionnisme français et européen.

Nicolas Sarkozy envisage la mise en place d'un "Buy European Act" sur le modèle du "Buy American Act" pour imposer à toutes les administrations européennes de se fournir auprès d'entreprises installées sur le Vieux continent si les pays tiers n'ouvrent pas leurs propres marchés.

Il mise également sur un crédit impôt recherche orienté vers les PME et sur un renforcement des moyens de la Banque européenne d'investissement pour soutenir les initiatives des entreprises de taille moyenne.

François Hollande table de son côté sur un nouvel acte de décentralisation qui redonnerait une marge d'autonomie aux régions en matière industrielle, s'inspirant du modèle allemand ou espagnol.

La "Banque publique d'investissement" promise par le candidat socialiste doit selon lui favoriser le développement des PME. L'effort pour l'industrie serait complété par le doublement à 12.000 euros du plafond du livret de développement durable - une initiative qui pourrait dégager une vingtaine de milliards d'euros selon les socialistes.

Pierre Lellouche estime que l'équilibre des échanges commerciaux peut être atteint d'ici à 2017, à condition de vendre en priorité dans les pays émergents.

L'essentiel des échanges de la France se fait encore avec le reste de l'Union européenne. A l'heure où l'Allemagne affiche un excédent commercial de plus de 150 milliards d'euros, la réduction des déficits français passera aussi par une réorientation des échanges au sein de la zone euro, un sujet politiquement sensible sur lequel Nicolas Sarkozy comme François Hollande se sont pour l'instant montrés très discrets.

"Dormons encore un peu car le réveil sera dur, très dur", prévient Laurence Boone, chef économiste Europe chez Bank of America Merrill Lynch dans une chronique publiée sur le site Telos.

"A court terme l'ajustement budgétaire que le prochain gouvernement aura à mettre en ouvre va affaiblir la croissance - ce pour quoi nous ne sommes pas nécessairement préparés. Et les débats n'ont aucunement porté sur la stratégie de moyen terme", poursuit-elle. "Que pensent nos (futurs) dirigeants de la stratégie qui a été appliquée en Allemagne et l'est maintenant en Italie et en Espagne ?"

Edité par Yves Clarisse

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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