Bourse > Actualités > Points de marché > Marché : France télécom poursuivie pour les suicides de salariés

Marché : France télécom poursuivie pour les suicides de salariés

France télécom poursuivie pour les suicides de salariésFrance télécom poursuivie pour les suicides de salariés

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - La société France Télécom a été mise en examen vendredi pour "harcèlement moral", après trois de ses ex-dirigeants, dans l'enquête sur une vague de suicides de salariés en 2008 et 2009.

L'affaire pourrait conduire pour la première fois à un procès visant non pas des comportements individuels mais une politique de gestion du personnel et un plan de restructuration.

France Télécom, qui est aussi mise en examen pour "entrave au fonctionnement du comité d'entreprise et du comité d'hygiène et de sécurité", a été contrainte au paiement d'une caution de 150.000 euros, a dit une source judiciaire.

Son représentant légal, Pierre Louette, a été entendu toute l'après-midi par des juges d'instruction. Il n'a fait aucun commentaire à sa sortie et a évité les journalistes.

Dans un communiqué, la société conteste "avoir mis en place une politique délibérée visant à provoquer de la souffrance au travail pour créer des conditions de départ".

Le groupe reconnaît cependant que "l'action de l'entreprise ait pu être mal perçue, ce qui a induit un trouble collectif".

"Il est tout à fait possible que ce trouble ait pu, sur des collaborateurs (qui pouvaient avoir par ailleurs des fragilités ou des difficultés) contribuer à une souffrance au travail", écrit la direction de France Télécom.

Selon elle, ce problème n'est pas propre à cette entreprise en particulier mais relève d'un "phénomène de société", qui concernerait le secteur privé comme le public.

Quelque 35 suicides ont été enregistrés au sein du personnel de la société en 2008 et 2009.

Un rapport de l'Inspection du travail versé au dossier de l'information judiciaire en 2010 a examiné 14 cas.

L'enquête pénale a élargi le champ à 80 cas de suicides, tentatives ou dépressions graves.

TROIS DIRIGEANTS POURSUIVIS

Mercredi, l'ancien PDG de la société Didier Lombard avait déjà été mis en examen pour harcèlement moral et soumis à une caution de 100.000 euros. Le lendemain, les juges ont notifié des poursuites identiques à l'ex-directeur exécutif Louis-Pierre Wenes et au directeur des ressources humaines Olivier Barberot.

Remplacé début 2010 par Stéphane Richard, Didier Lombard avait choqué en parlant d'une "mode des suicides". Il se défend en affirmant avoir seulement voulu sauver sa société.

Le siège parisien de l'ancienne administration devenue société anonyme en 1996, dont l'actionnariat est majoritairement privé depuis 2004, avait été perquisitionné le 3 avril, comme le domicile de Didier Lombard et des deux autres dirigeants.

Ces procédures sont sans précédent concernant la politique d'une entreprise.

Le délit de harcèlement moral est puni d'un an de prison et 15.000 euros d'amende pour les personnes physiques. La société risque des sanctions financières.

En 2009, la Cour de cassation, plus haute juridiction française, a décidé que ce délit ne viserait plus uniquement des comportements personnels mais pouvait concerner des techniques de management.

Il s'agit, dans le cas de France Télécom, d'une politique qui visait à réduire les effectifs de 22.000 personnes, provoquer un changement de métier pour 10.000 autres employés, en recruter 6.000, augmenter la mobilité et rajeunir la pyramide des âges, selon le rapport de l'Inspection du travail.

Ont été employés pour ce faire des techniques devenues habituelles dans le monde du privé: des objectifs de performance et des mutations forcées.

L'Inspection du travail a conclu au "caractère pathogène de la politique de restructuration et de management", estimant que les objectifs de performance étaient volontairement impossibles à atteindre et qu'ils poursuivaient le même but que les mutations, forcer le personnel concerné au départ.

L'Inspection a remarqué que les alertes des médecins du travail avaient été ignorées.

Tout en se déclarant satisfaits des poursuites, les syndicats, qui sont à l'origine de la procédure judiciaire, demandent désormais la requalification des faits en "mise en danger de la vie d'autrui".

Thierry Lévêque, édité par Emmanuel Jarry

Copyright © 2012 Thomson Reuters

Je donne mon avis

TÉLÉCHARGEZ GRATUITEMENT L’APPLI
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez nos CGU et l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale, la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux ainsi que des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies...