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Marché : Europe, stocks et financements plombent l'aviation d'affaires

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par Cyril Altmeyer

GENEVE (Reuters) - Les incertitudes sur l'économie européenne, les stocks d'avions d'occasion sur le marché nord-américain et les difficultés d'accès au crédit empêchent le marché de l'aviation d'affaires de retrouver le rythme de croissance perdu depuis la crise de 2008.

Plusieurs constructeurs en ont fait l'amer constat à l'occasion du salon de l'aviation d'affaires Ebace qui se tient jusqu'à mercredi à Genève - "le quatrième d'affilée dans un contexte de crise", selon l'expression désabusée de Charles Edelstenne, le PDG de Dassault Aviation.

D'après l'Association générale des constructeurs d'avions (Gama), les ventes d'avions d'affaires ont encore reculé de 4,7% au premier trimestre à 122 unités.

"Ce qu'on surveille le plus en ce moment, ce sont les événements économiques qui se passent ici, entre la Grèce, l'Espagne et d'autres pays, parce que cela affecte les marchés mondiaux", a dit à Reuters Peter Bunce, président de Gama, citant également les élections passées en Europe et celle à venir en novembre aux Etats-Unis.

Pour Didier Brechemier, consultant au sein du cabinet Roland Berger, le marché de l'aviation d'affaires s'est un peu enlisé.

"Avant on avait des cycles très marqués - une baisse puis une forte hausse puis une hausse tous les 8-10 ans", explique-t-il. "Actuellement, on est un peu dans un U plutôt que dans un V et on a du mal à en sortir, surtout aux Etats-Unis et en Europe".

Aux Etats-Unis, la chute du marché a déjà fait une victime : Hawker Beechcraft, positionné sur le segment des avions moyens et légers dont les ventes ont plongé après la crise de 2008, a été placé le 3 mai sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites.

"Le marché des jets, dans nos segments qui ont fortement chuté, est au mieux en train de redémarrer doucement", a dit à Reuters Shawn Vick, directeur général adjoint de Hawker Beechcraft, qui peut néanmoins poursuivre son activité. "C'est un marché obstinément difficile".

BAISSE DES STOCKS

Le cabinet américain Jetnet a toutefois constaté un premier signe de déblocage : une baisse des stocks d'avions, dont l'excès paralyse le marché. Au premier trimestre, 13,8% de la flotte en activité était à vendre contre 14,4% un an plus tôt, loin du pic de près de 18% atteint en mars 2009, quelques mois après l'éclatement de la crise financière.

C'est en 2008 que les livraisons d'avions d'affaires avaient atteint leur record historique - plus de 1.300 unités contre quelque 700 en 2011.

"En 2008, il y avait une bulle créée par l'enthousiasme suscité par les avions taxis et les petits avions. Tout cela avait gonflé les chiffres de ventes, mais je ne pensais pas que c'était durable", a dit à Reuters Brad Mottier, responsable de la division d'avions d'affaires de GE Aviation.

François Chazelle, codirecteur d'Airbus Corporate Jets, l'unité créée en novembre 2011 par l'avionneur, n'est pas si sûr de vouloir revenir au pic de 2007-2008.

"Certaines personnes achetaient des positions de livraisons pour les revendre et quand la crise est arrivée il n'y avait plus personne. Les constructeurs ont dû rechercher des clients de remplacement", a-t-il dit.

"Aujourd'hui on voit beaucoup moins de spéculations et on traite beaucoup plus avec de vrais clients qui ont un réel besoin pour l'avion", a-t-il ajouté. "Donc je ne souhaite pas particulièrement qu'on revienne à ce type de spéculation".

Peter Bunce (Gama) a souligné de son côté que la reprise du marché des achats d'avions neufs était également freinée par la contraction des crédits bancaires liée aux obligations imposées par les accords de Bâle III, qui obligent les institutions financières à renforcer leurs fonds propres.

Mais pour lui, il ne fait aucun doute que le marché finira par retrouver une croissance solide.

"L'économie mondiale devient de plus en plus interconnectée (...). La question n'est pas de savoir si on y arrivera, mais quand on y arrivera", a-t-il souligné.

Cyril Altmeyer, édité par Jean-Michel Bélot

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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