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Europe : Moody's met la note française sous pression

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par Matthias Blamont

PARIS (Reuters) - Moody's a abaissé la perspective de la note Aaa de la France de stable à négative, conséquence selon l'agence des incertitudes autour de la conjoncture de la zone euro et des ambitions de Paris en matière de réduction de déficits.

L'agence de notation américaine a également ajusté les notes et les perspectives de huit autres pays de l'Union européenne dont le Royaume-Uni et l'Italie.

Le rappel à l'ordre de Moody's intervient un mois jour pour jour après la décision de Standard & Poor's de réduire d'un cran la note de la France, de AAA à AA+, en réaction à l'aggravation de la crise de la dette.

Moody's a maintenu la note Aaa de la France, la meilleure possible, mais prévenu que celle-ci pourrait faire l'objet d'un abaissement si le gouvernement ne parvenait pas à mettre en oeuvre ses réformes économiques et budgétaires.

L'euro et la livre sterling ont reculé face au dollar après ces annonces.

Dans un communiqué publié lundi soir, l'agence souligne que les incertitudes liées aux réformes institutionnelles envisagées dans la zone euro, couplées à des perspectives de croissance anémiques dans la région, continueront à affecter la confiance des marchés financiers.

Moody's estime par ailleurs que les chiffres de la dette française continuent de se dégrader et que la France se situe parmi les pays notés Aaa "les plus faibles" dans ce domaine.

L'agence met également en avant "les risques significatifs" auxquels le gouvernement français devra faire face pour atteindre ses objectifs de réduction des déficits publics.

BAROIN PREND ACTE

"Ceux-ci pourraient encore se compliquer par le besoin de venir en aide à d'autres pays européens ou à son propre système bancaire", peut-on lire dans le document.

Le ministre de l'Economie François Baroin a déclaré mardi "prendre acte" de la décision de Moody's.

"Le gouvernement est déterminé à poursuivre son action au service de la croissance, de la compétitivité avec notamment la réforme de financement de la protection sociale, de l'emploi et de la réduction des déficits publics", écrit le ministère dans un communiqué. Bercy ajoute que la politique du gouvernement "s'inscrit dans un cadre et une méthode de long terme".

L'Elysée et Matignon n'ont pas réagi dans l'immédiat.

Le candidat socialiste à la présidentielle, François Hollande, n'a pas voulu jeter de l'huile sur le feu et a insisté sur le fait que la France n'était pas dans la même situation que la Grèce, en proie à une contestation violente après des dégradations et des plans d'austérité à répétition.

"Nous ne sommes pas dans cette situation et ceux qui font cette comparaison le font pour affoler les Français", a-t-il dit sur RMC et BFM-TV.

Arnaud Montebourg, "troisième homme" de la primaire socialiste, a réagi en critiquant le rôle des agences de notation : "Les agences de notation, chacun a compris qu'elles jouent un rôle toxique et d'ailleurs pervers", a-t-il dit sur France Inter. "Pour moi et pour beaucoup (...) ce sont des charlatans".

Pour le ministre du Travail, Xavier Bertrand, nul ne peut cependant ignorer leur verdict.

"Ça montre aussi très clairement qu'aucun candidat n'échappera aux règles de bonne gestion dans les mois et dans les années qui viennent et ça montre très clairement qu'avec le programme (...) économique et social de François Hollande, le compte n'y est pas (...) et qu'il y aurait forcément une dégradation accentuée", a-t-il dit sur France Inter.

Le gouvernement présente cette semaine à l'Assemblée nationale un projet de loi de Finances rectificative dont la mesure phare, un relèvement de la TVA pour financer la protection sociale, est très contestée par l'opposition et les syndicats.

SUR FOND DE CRISE GRECQUE

Au-delà des frontières françaises, la crise des dettes souveraines dans la zone euro s'intensifie.

Le gouvernement grec a été invité lundi par ses partenaires européens à présenter de nouveaux gages de sa volonté de réforme malgré l'adoption, la veille, d'un plan d'austérité par un parlement assiégé par des milliers de manifestants.

Ces dispositions sont exigées par la "troïka" (Fonds monétaire international, Union européenne et Banque centrale européenne) en échange d'un plan d'aide de 130 milliards d'euros jugé indispensable avant le 20 mars, date d'une importante échéance pour la dette du pays (14,5 milliards d'euros à rembourser).

Moody's avait prévenu le 16 janvier qu'elle examinait la perspective de la note de la France et qu'elle actualiserait les notes des pays de l'Union européenne au premier trimestre.

Standard & Poor's et Moody's s'étaient inquiétées de la dérive des finances publiques françaises tout en mettant en garde contre le risque que les réformes économiques du gouvernement fragilisent la croissance, pilier sur lequel s'appuie justement Paris pour tenter d'atteindre ses objectifs de consolidation.

De fait, le gouvernement a repoussé la semaine dernière de 2013 à 2014 la baisse de son ratio dette sur produit intérieur brut en raison de la participation de la France au Mécanisme européen de stabilité (MES), qui doit soutenir les Etats de la zone euro en difficulté, et de prévisions de croissance ramenées de 1 à 0,5% cette année.

Les engagements de réduction du déficit public sont toutefois confirmés, à 4,5% du PIB fin 2012 et 3% en 2013.

Mais la Cour des comptes, qui certifie les comptes de l'Etat, a estimé qu'à peine 10% de l'effort total qui doit permettre de ramener à zéro le déficit structurel de la France - en 2016 d'après Bercy - avait été accompli l'an passé.

Avec le service France, édité par Yves Clarisse

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