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Europe : "merkozy", comment la montagne accouche d'une souris

Europe : Europe :

par Julien Toyer

BRUXELLES (Reuters) - Attendu comme l'acte fondateur d'une union budgétaire au sein de la zone euro, l'accord de lundi entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel offre peu de nouveautés et laisse - une fois encore - le sort de la monnaie unique entre les mains de la BCE.

Le conseil des gouverneurs de l'institut de Francfort se réunit ce jeudi pour décider d'une éventuelle baisse des taux, au moment où le risque de récession se précise, et de nouvelles mesures de liquidités à moyen et long terme pour les banques, alors que plane la menace d'un resserrement du crédit.

Plusieurs sources ont indiqué à Reuters ces derniers jours que la Banque centrale européenne pourrait par ailleurs être amenée à intensifier ses interventions sur le marché obligataire si les pays de la zone euro avançaient vers un nouveau "pacte budgétaire".

Les annonces franco-allemandes, très avares en nouveautés sur ce front, placent toutefois un point d'interrogation sur ce rôle plus actif de la banque en soutien aux pays en difficulté.

Tout d'abord, l'Allemagne et la France ont réitéré leur opposition à la création d'euro-obligations, considérées par de nombreux économistes comme une réponse structurelle nécessaire.

"Les eurobonds se sont en aucun cas une solution à la crise", a dit Nicolas Sarkozy, qui s'est déclaré en accord avec Angela Merkel sur ce point.

Ensuite, sur la question des sanctions automatiques, le président français et la chancelière allemande ont insisté sur leur volonté de les voir être généralisées dans le pacte de stabilité et de croissance. Or, cette disposition existe déjà depuis octobre et ils l'avaient initialement combattue.

PEU DE NOUVEAUX ÉLÉMENTS

Aux termes de l'accord trouvé après de longs mois de négociations et qui sera appliqué dès 2012, il avait alors été décidé que les pays dont le déficit est supérieur à 3% du PIB se verraient sanctionner de manière automatique, sauf à recueillir une majorité qualifiée des Etats membres pour s'y opposer.

Cette règle est exactement celle proposée lundi par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel.

Même chose pour la "règle d'or" budgétaire que les deux dirigeants ont dit vouloir voir adoptée dans toutes les constitutions des pays de la zone euro.

Cette obligation, réclamée dès février par le couple franco-allemand, était déjà mentionnée dans le Pacte de stabilité et de croissance puis reprise dans le pacte "Euro Plus" signé au printemps par les membres de la zone euro et six pays non membres de la monnaie unique.

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel y ont depuis fait de nombreuses références, les dernières en date lors des sommets de la fin octobre à Bruxelles.

Certes, la mise en conformité de ces "règles d'or" avec le Pacte de stabilité sera in fine supervisée par la Cour de justice européenne mais ce n'est là que le rôle normal de la Cour, qui ne pourra pas avoir le dernier mot sur les budgets nationaux comme l'avait envisagé Berlin.

PANNE FATALE ?

Enfin, dernier élément qui s'apparente difficilement à une nouveauté, le langage sur la participation du secteur privé dans le cadre du futur mécanisme permanent de stabilité financière (MES) sera adouci mais le concept demeure, quoi qu'en disent la chancelière et le président sur le caractère exceptionnel du plan de réduction de la dette grecque.

Ils ont ainsi annoncé lundi que les principes et la pratique du MES, dont l'entrée en vigueur doit être anticipée à 2012, seraient ajustés sur ceux du Fonds monétaire international.

Or, non seulement le FMI prévoit bien la participation du secteur privé dans le cadre de la restructuration financière d'un pays, mais cet alignement du MES n'est pas nouveau.

En novembre 2010, Jean-Claude Trichet, alors président de la BCE, avait ainsi salué la clarification apportée par les dirigeants européens : "Il était nécessaire d'avoir une clarification complète de la doctrine. Il devait être clair que nous appliquerions à l'Europe la doctrine du FMI (...), c'est-à-dire sans participation ex-ante (du secteur privé)".

Résumant le manque d'ambition de l'accord franco-allemand, l'eurodéputé libéral Guy Verhofstadt a vivement critiqué lundi l'"unité de façade" entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel qui, a-t-il dit, "masque mal leurs divergences profondes et persistantes, lesquelles s'avèrent un obstacle important sur la voie d'une solution définitive à la crise de l'Eurozone".

"Le moteur franco-allemand d'intégration européenne a des ratés. Je redoute une panne fatale", a-t-il ajouté.

Edité par Yves Clarisse

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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