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Europe : Le projet Tata Steel, prétexte à une vague de fusions en Europe?

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par Georgina Prodhan

FRANCFORT (Reuters) - Le projet de Tata Steel de vendre ses actifs britanniques laisse penser que la sidérurgie européenne, qui pâtit de surcapacités chroniques, est bien partie pour traverser une période de consolidation.

Il ne s'est plus rien passé, de ce point de vue, dans la sidérurgie européenne depuis les rachats d'Arcelor et de Corus par les géants indiens Mittal et Tata en 2006 et 2007.

Les aciéries ont été confrontées à la crise économique mondiale et au ralentissement économique de la Chine qui se traduit, entre autres choses, par de l'acier chinois importé en masse et à vil prix en Europe.

Manquant des moyens financiers de poursuivre la consolidation du secteur, qui se traduirait par une réduction des capacités, les sidérurgistes européens continuent de produire plus que nécessaire dans le but de protéger leurs parts de marché et l'emploi, mais entretenant ainsi un cercle vicieux de saturation du marché et de baisse des prix.

La sidérurgie européenne représente un chiffre d'affaires annuel de l'ordre de 170 milliards d'euros et emploie directement 330.000 personnes. Le nombre d'emplois indirects est encore bien plus élevé.

"La consolidation du secteur de l'acier en Europe va de soi mais l'industrie a tellement attendu et la crise est tellement aigüe qu'on en arrive à des entreprises dont le cash flow est réellement négatif", souligne un banquier londonien spécialisé.

Tata a souligné qu'il en était arrivé à un point tel qu'il n'avait d'autre ressource que d'agir même si cela doit se traduire par l'arrêt de ses opérations britanniques en cas d'absence de repreneur.

Il a constitué sur ses aciéries britanniques, qui emploient dans les 15.000 salariés, des dépréciations dépassant les deux milliards de livres (2,5 milliards d'euros).

"Vendre plutôt que de continuer à perte peut sans doute être une priorité pour Tata; si personne ne se présente, il fermera", dit Alessandro Abate, analyste de Berenberg.

REGROUPER POUR CRÉER DE LA VALEUR

Pour l'heure, il semble que l'on ne se bouscule pas au portillon. La Grande-Bretagne semble très exposée aux importations chinoises à prix cassés, les prix de l'énergie y sont élevés. Il faut en outre prendre en compte les coûts de transport de l'acier vers l'Europe continentale, ainsi qu'un taux de change désavantageux pour l'exportation.

Le Premier ministre David Cameron a déclaré jeudi que rien ne garantissait la survie des actifs sidérurgiques britanniques que le groupe indien Tata Steel a mis en vente, ajoutant que, à ses yeux, une nationalisation n'était pas une bonne solution pour l'ensemble du secteur.

Brûler ses vaisseaux britanniques permettrait en revanche à Tata de rechercher un associé, tel l'allemand ThyssenKrupp, pour sa filiale néerlandaise qui elle est rentable. Une telle association scellerait sa place de deuxième sidérurgiste européen derrière ArcelorMittal.

ThyssenKrupp, qui se diversifie hors de l'acier, est tout à fait disposé à fusionner ces actifs-là avec ceux d'un autre groupe, pour autant que cela ne lui coûte pas du cash.

"Nous avons toujours eu de la surcapacité en Europe ces dernières années et il faut vraiment faire quelque chose; nous pensons donc qu'il y a des opportunités", avait déclaré le directeur financier Guido Kerkhoff en février à des analystes. "Des regroupements seraient une bonne solution, créatrice de valeur globalement".

Si les analystes de Berenberg pensent effectivement qu'un départ de Tata Steel de Grande-Bretagne déclencherait sans doute une vague de fusions dans l'acier européen, Seth Rosenfeld, analyste de Jefferies, se montre sceptique quant à ses bienfaits éventuels.

"Malheureusement, si d'autres sidérurgistes pouvaient augmenter les prix grâce à la consolidation, cela ne reviendrait peut-être pour eux qu'à se donner un peu plus de marge de manoeuvre pour prolonger le statu quo", explique-t-il.

"C'est une industrie qui a subi des vagues de consolidation soit lorsque la conjoncture était épouvantable soit lorsqu'il s'agissait de bâtir des empires. Nous ne sommes ni dans l'un ni dans l'autre cas".

La réussite d'une vente dépendrait peut-être des facilités que Tata ou le gouvernement britannique seraient disposés à déployer, dit Liberty House, un négociant de matières premières qui a racheté deux aciéries écossaises à Tata la semaine dernière.

"Nous attendons de connaître quelles seront les propositions de vente avant de décider éventuellement de formuler une offre", a déclaré un porte-parole.

(Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)

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