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Europe : Le portugal trouble le jeu mais les marchés résistent

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par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - La crise politique et financière au Portugal a eu des effets circonscrits à la dette du pays et très limités sur le reste de la dette souveraine de la zone euro, illustrant ainsi le chemin parcouru par les Européens pour pallier, au moins partiellement, les lacunes de l'Union économique et monétaire (UEM).

L'ensemble des marchés, taux et actions, ont également bien résisté à la catastrophe japonaise.

Des professionnels font remarquer qu'au printemps de l'année dernière, quand la crise de la dette grecque avait éclaté, l'ensemble des emprunts d'Etat des pays périphériques avait été pris dans la tourmente en même temps que l'euro lui-même.

Au cours de l'automne, le scénario s'est répété quand l'Irlande, dont les finances publiques sont minées par des banques lourdement lestées de créances d'une valeur proche de zéro, a dû à son tour faire appel à la solidarité de la zone euro.

Cette fois, seule la dette du Portugal, qui n'a pas fait appel au mécanisme de solidarité européen, a souffert des derniers développements politico-financiers à Lisbonne et notamment de la dégradation de deux crans de la note du pays par deux agences, Fitch et Standard & Poor's

Le rendement de l'emprunt d'État portugais à 10 ans a atteint vendredi un record, passant au-dessus de 8,0% (8,02%) alors que les rendements équivalents de la Grèce et de l'Irlande sont restés à des niveaux très élevés mais à peu près stables.

Quant à l'Espagne, depuis l'accord du 11 mars prévoyant la pérennisation et l'extension des capacités du dispositif de stabilité financière, elle bénéficie d'une amélioration notable de ses conditions de financement et l'écart de rendement (spread) à 10 ans avec le Bund allemand équivalent, référence de la zone euro, est passé de 227 points de base le 10 mars à 188 ce vendredi.

"Nombre d'investisseurs avaient déjà vendu le Portugal et l'existence du FESF a évité la panique. La situation aurait été beaucoup plus dramatique en l'absence d'un dispositif de solidarité", souligne Nicolas Forest, responsable de la stratégie taux chez Dexia Asset Management.

"Contrairement à la crise grecque (...) et la crise irlandaise (...), la zone euro n'a montré aucun signe majeur de contagion de la crise portugaise", constatent dans une note les analystes de BofA Merrill Lynch Global Research qui relèvent la très bonne résistance des dettes de l'Espagne et de l'Italie, qui ont récemment "surperformé les Bunds".

"GROS PROBLÈMES DE LIQUIDITÉS"

La démission du Premier ministre portugais, José Socrates, et le rejet de son plan d'austérité, ont précédé d'une journée l'ouverture d'un Sommet de l'Union européenne (UE) qui devait, en principe, élargir le champ d'action du dispositif de stabilité financière mis en place dans la foulée du plan de sauvetage de l'Irlande.

Présent au sommet européen, José Socrates, qui avait fait le pari de l'indépendance et du redressement de ses finances publiques sans avoir recours au mécanisme de solidarité européen dont bénéficient la Grèce et l'Irlande, est chargé des affaires courantes et ne peut faire appel au Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui lui permettrait d'emprunter à 5% ou 6% au lieu de 8%.

"Aujourd'hui, le Portugal est confronté à un gros problème de liquidités. Il se finance au coût le plus élevé", souligne Nicolas Forest.

"Pour résoudre ce problème, il peut soit faire appel à la solidarité financière et au FESF, avec en contrepartie plus d'austérité, soit adopter seul des mesures suffisamment crédibles pour rétablir la confiance des marchés et des agences de notation", ajoute-t-il.

De sources européennes, on a évoqué l'éventualité d'un plan d'aide au Portugal de l'ordre de 60 à 80 milliards d'euros.

Il semble également que le Portugal se prépare à des élections législatives anticipées début juin prochain.

La touche finale au dispositif permanent de stabilité financière et de solidarité n'interviendra pas avant juin.

Mais ce mécanisme suffira-t-il à régler les imperfections de la zone euro? La question se pose, d'autant que les marchés ont intégré dans leurs cours un resserrement de 25 points de base des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE), notamment du taux principal (refi) qui devrait ainsi passer à 1,25%, lors la réunion du Conseil des gouverneurs le 7 avril.

Si un tel resserrement se justifie dans les pays du noyau dur de la zone euro qui, comme l'Allemagne jouissent aujourd'hui de taux réels négatifs, il risque d'être pénalisant pour les pays périphériques confrontés à la récession, s'interrogent des professionnels.

Nicolas Forest souligne, à l'appui du resserrement, que l'écart type des indicateurs de croissance entre les pays de la zone est le même que l'écart type entre les Etats des Etats-Unis.

Édité par Gilles Guillaume

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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