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Europe : La bce, seul maître à bord au sein de la zone euro

Europe : la bce, seul maître à bord au sein de la zone euroEurope : la bce, seul maître à bord au sein de la zone euro

par Julien Toyer

GODOLLO, Hongrie (Reuters) - Critiquée pour ses décisions monétaires parfois à rebours des gouvernements, pointée du doigt pour son opacité, la Banque centrale européenne s'est pourtant imposée à la faveur de la crise comme le seul véritable maître à bord au sein de la zone euro.

Son influence a grandi à mesure que les dirigeants européens s'empêtraient dans des difficultés politiques internes, portée par la personnalité de son président, le Français Jean-Claude Trichet, par les demandes d'assistance de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal et par la difficile situation des banques de l'UE.

Cette semaine, c'est d'ailleurs le message adressé en catimini par la BCE aux banques portugaises de réduire leur exposition à la dette de leur gouvernement, comme révélé par le président de l'Association des banques portugaises dans une interview à Reuters, qui a précipité Lisbonne dans les bras d'une assistance internationale.

L'épisode reflète le rôle de "juge de paix" de Jean-Claude Trichet et de son institution au sein de la zone monétaire commune, alors que la France, l'Allemagne, la Commission européenne et nombre d'autres pays poussaient Lisbonne depuis décembre à recourir à l'aide internationale.

Vendredi, l'ancien gouverneur de la Banque de France a réfuté avoir forcé la main des banques portugaises, même si la veille il avait concédé qu'il avait encouragé les autorités portugaises à solliciter une assistance.

"Il est devenu en quelques mois seulement une figure centrale dans la résolution de ce qui ressemble à une crise irrésoluble", explique David Marsh, auteur du livre 'The Euro: The Politics of the New Global Currency'.

"Trichet s'est imposé au coeur de la gestion de crise par défaut, parce que personne d'autre n'était intéressé, n'avait la connaissance ou la force nécessaire", ajoute-t-il.

ÉCOUTÉ RELIGIEUSEMENT

C'est le seul responsable que l'on écoute religieusement dans les Conseils européens qui réunissent périodiquement à Bruxelles les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept, soulignent des diplomates qui assistent à ces réunions.

Alors que les dirigeants européens n'hésitent pas à sortir de la salle ou à téléphoner lors des interventions du président de la Commission, José Manuel Barroso, pas une mouche ne vole lorsque Trichet s'exprime.

En octobre, c'est aussi le seul qui avait osé s'opposer à Angela Merkel et Nicolas Sarkozy lors d'un sommet pour les prévenir que l'ouverture d'un débat - même court - sur le futur mécanisme européen de stabilité pourrait contrarier les marchés et tendre la situation financière de l'Irlande, qui était alors critique.

Selon plusieurs sources de haut rang, c'est aussi lui qui quelques jours plus tard a sonné la fin de la récréation pour les banques irlandaises, sous perfusion de liquidités de la BCE depuis plusieurs mois, poussant Dublin à anticiper une demande d'aide à l'UE et au Fonds monétaire international.

Depuis mai, il a par ailleurs utilisé le programme de rachat d'obligations mené par la BCE pour exercer une pression subtile sur les pays qui comme l'Irlande, le Portugal et, dans une moindre mesure, l'Espagne rechignaient à restructurer leur secteur bancaire ou remettre de l'ordre dans leurs finances publiques.

SERVITEUR, NON MAÎTRE

Si cette situation a permis à la zone euro de rester à flots pendant la crise, elle n'est pas sans risque à moyen terme.

D'abord parce qu'elle reflète les lacunes de la monnaie unique: l'absence d'une union budgétaire et d'un Trésor européen fonctionnant en parallèle de l'union monétaire, qui elle se matérialise dans la BCE.

Cette dernière a une puissance de feu totale de près de 1.900 milliards de dollars via les banques centrales qui opèrent sous son aile et dispose de structures de décisions permettant d'intervenir en quelques heures à peine en cas de besoin.

L'inverse des Etats membres de l'UE, dont les ressources budgétaires deviennent rares et dont les dirigeants doivent souvent faire face à de longs débats internes pour convaincre leurs partenaires de gouvernement ou leurs population du bien-fondé d'une solidarité budgétaire européenne.

Ensuite parce que le calendrier électoral chargé d'ici 2013 dans les quatre poids lourds de la zone euro - Allemagne, France, Italie, Espagne - et la fin du mandat de Jean-Claude Trichet le 1er novembre 2011 va forcer les autorités de l'euro à revoir un mode de fonctionnement qui pose aussi d'importantes questions sur le contrôle démocratique des décisions.

"C'est négatif du point de vue de la gouvernance en Europe parce que Trichet devrait être le servant (des dirigeants), pas leur maître", dit David Marsh.

Avec Paul Carrel à Francfort, édité par Jean-Loup Fiévet

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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