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Europe : L'europe veut rassurer sur la solidité de ses banques

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par Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - En pleine bourrasque financière sur fond d'inquiétudes sur une contagion de la crise de la dette au sein de la zone euro, l'Europe s'efforcera ce vendredi de rassurer sur la solidité de son système bancaire à l'occasion de la publication de tests de résistance des banques.

Après le fiasco des tests de 2010, qui n'avaient pas décelé les fragilités des banques irlandaises avant leur sauvetage quelques semaines plus tard par Dublin, l'Union européenne joue sa crédibilité et devra prouver aux marchés financiers le sérieux des scénarios de chocs économiques et de dépréciations sur les dettes souveraines des Etats européens.

Les tests de résistance, dont les résultats seront publiés par l'Autorité bancaire européenne (ABE), s'assureront que les 91 banques européennes soumises à l'exercice disposent d'au moins 5% de fonds propres "durs" pour affronter une récession économique de deux ans.

Mais au-delà des banques qui auront échoué, les investisseurs surveilleront de près les établissements qui passeront les tests de justesse. Ces derniers devraient d'ailleurs bénéficier du soutien de leurs Etats pour renforcer leurs fonds propres.

"Ces banques-là vont recevoir une sorte de 'carton jaune' de la part du régulateur", souligne un analyste bancaire basé à Londres qui n'a pas souhaité être nommé. "Elles seront à un moment ou à un autre obligées de lever du capital."

"Ces banques ne sont peut-être pas encore toutes identifiées", fait de son côté remarquer Pascal Decque, analyste financier chez CA Cheuvreux. "En fonction de ce qu'on va leur demander, il pourrait y avoir un peu de mouvement sur ces banques."

Selon des sources européennes, entre 10 et 15 banques devraient échouer contre seulement sept en 2010. Jusqu'à six banques espagnoles, dont cinq caisses d'épargne, pourraient en faire partie.

DES VALEURS BANCAIRES SOUS PRESSION

"Dans les banques qui vont échouer aux tests, on va retrouver les 'usual suspects'", fait remarquer Christophe Nijdam, analyste chez AlphaValue, citant, outre les caisses d'épargne espagnoles, des banques grecques, irlandaises, portugaises ainsi que des "Landesbanken" (banques régionales) allemandes.

Pour autant, les analystes doutent de la capacité des tests de résistance à restaurer à eux seuls la confiance sur l'état de santé des banques européennes.

En Bourse, les valeurs financières restent sous pression et l'absence d'avancée significative sur un second plan d'aide à la Grèce exacerbe les craintes d'une contagion de la crise de la dette à des pays comme l'Espagne et l'Italie.

L'indice Stoxx 600 des banques européennes perd 12% depuis le début de l'année.

A Paris, les banques françaises, très exposées à la Grèce et à l'Italie, subissent de plein fouet les inquiétudes des investisseurs.

BNP Paribas abandonne près de 4% depuis le 1er janvier. Société générale et Crédit agricole perdent près de 10%.

"Je ne suis pas sûr que cela va modifier profondément l'état d'esprit des investisseurs et des marchés", relève Pascal Decque.

"Pourquoi faire un stress test abstrait alors qu'il y en a un vivant qui se passe actuellement sous nos yeux ?", ironise un autre analyste financier basé à Londres qui a requis l'anonymat.

"CACOPHONIE"

Pour calmer les investisseurs, certains responsables n'ont pas attendu la publication des résultats pour envoyer quelques indications aux marchés.

Mario Braghi, le gouverneur de la Banque d'Italie, a par exemple assuré en fin de semaine dernière qu'il était certain que les banques italiennes passeraient haut la main les tests.

La presse belge a aussi évoqué un succès des groupes financiers Dexia et KBC.

"Comme l'an dernier, on commence à avoir des fuites sur qui a réussi et qui a échoué", déplore l'analyste. "C'est la même cacophonie."

Les banques françaises ne suscitent pas d'inquiétudes particulières chez les analystes mais ces derniers étudieront avec attention l'état des expositions aux différentes dettes souveraines de la zone euro qui seront publiées à cette occasion.

Elles sont en effet les banques étrangères les plus exposées à la Grèce et à l'Italie avec respectivement 53 et 393 milliards de dollars d'engagements sur le pays, d'après les données de la Banque des règlements internationaux.

Moody's va plus loin, estimant que jusqu'à 26 banques européennes pourraient être en difficultés à l'issue des tests de résistance. L'agence de notation regrette aussi que l'ABE n'ait pas retenu comme scénario un défaut sur une dette souveraine alors que ce risque a augmenté au sein de la zone euro comme en témoigne l'extrême nervosité qui règne sur les marchés financiers.

"Il serait contradictoire d'avoir d'un côté une position européenne qui dit qu'il n'y aurait pas défaut et de l'autre des régulateurs européens qui testent cette possibilité", commente Christophe Nijdam.

L'ABE publiera les résultats des tests de résistance vendredi à 18h00 heure de Paris.

Edité par Jean-Michel Bélot

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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