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l'accord zone euro : Un tournant, pas la fin de la crise

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par Julien Toyer

BRUXELLES (Reuters) - L'accord trouvé jeudi soir lors du sommet de la zone euro pour aider la Grèce et créer un embryon de "fonds monétaire européen" marque un tournant dans la crise mais n'en signifie pas la fin, estiment des analystes.

Les marchés européens ont certes salué à l'ouverture vendredi cet accord obtenu au forceps mais plusieurs points d'interrogation se dressent déjà sur la route des pays de la zone euro.

La Grèce parviendra-t-elle à rembourser sa dette qui, selon les meilleurs scénarios, devrait continuer de représenter 120% de son PIB en 2016 ?

L'Irlande et le Portugal parviendront-ils à échapper au sort réservé à la Grèce ?

La capacité actuelle de 440 milliards d'euros du fonds européen de stabilité financière (FESF) sera-t-elle suffisante pour exercer ses nouvelles fonctions ?

La zone euro pourra-t-elle faire un pas de plus vers l'intégration économique ?

Et, surtout, la réponse positive des investisseurs sera-t-elle durable ?

Leur réaction initiale a été largement alimentée par l'effet de surprise associé aux décisions d'envergures prises à Bruxelles, par l'engagement pris de recapitaliser les banques grecques et par le fait que la décote estimée à 20% acceptée par les banques et les assureurs européens sur leurs créances grecques apparaît facilement supportable.

"Pour les banques, l'accord n'est pas pire que ce que l'on craignait. Les analystes avaient déjà intégré une perte partielle et le chiffre d'une vingtaine de milliards d'euros de perte globale qui circule ne va pas les déstabiliser", explique Pierre Flabbée, analyste chez Kepler Capital Markets.

Mais, "ce qui compte c'est de savoir si les marchés vont considérer que l'accord apporte une réponse de fond à la crise de l'euro", prévient-il.

SOUTENABILITÉ

En tout, le nouveau plan grec représentera 159 milliards d'euros, dont un tiers - 50 milliards - sera issu d'une contribution volontaire du secteur privé via des opérations d'échange d'obligations (37 milliards) et de rachats de titres (12,7 milliards).

La dette grecque, toutefois, ne devrait pas être réduite de plus de 25 points de PIB au cours des cinq prochaines années, selon les estimations de JPMorgan, qui correspondent aux chiffres fournis jeudi par la délégation française.

La banque juge que cette dette ne franchira pas la barre des 120% avant 2016 même si le programme grec de privatisations de 50 milliards d'euros est mis en oeuvre dans sa totalité, ce dont beaucoup doutent à Bruxelles.

"Les solutions adoptées ne règlent pas le problème de fond qui est celui d'une dette à 350 milliards d'euros que les Grecs ne parviendront pas à rembourser, ni par des aides financières, des mesures de privatisations ou encore des promesses de réduction des dépenses tant leur PIB est faible et leurs charges d'intérêts élevées", insiste de son côté CM-CIC.

Par ailleurs, la situation de défaut déclarée par les agences de notations au regard de ces "swap", "rollover" et "buy-back" pourrait avoir des conséquences difficiles à prédire, en dépit de l'engagement des Etats à fournir à la Banque centrale européenne (BCE) les garanties nécessaires pour qu'elle puisse poursuivre ses opérations de financement de la Grèce et de ses banques.

INTÉGRATION ?

Les analystes doutent également de la capacité du Portugal et de l'Irlande, les deux autres pays bénéficiant d'un programme d'aide, à éviter les remèdes appliqués à la Grèce et en particulier une décote pour le secteur privé.

En dépit des assurances des chefs d'Etat et du président de la BCE Jean-Claude Trichet que la Grèce est un cas exceptionnel appelant une réponse exceptionnelle, ils considèrent que les primes de risques associées aux pays de la périphérie de la zone euro resteront élevées après un repli initial.

"Nous ne pensons pas que les 'spreads' semi-périphériques vont se réduire à leurs niveaux d'avant juillet, surtout parce que les précédents plans de sauvetage ont conduit à des 'spreads' plus hauts une fois que l'euphorie est retombée", indique une note de JPMorgan publiée vendredi.

Les décisions à plus long terme sur la gouvernance de la zone euro suscitent elles aussi des interrogations.

La refonte du Fonds de stabilité financière (FESF) et du mécanisme européen de stabilité (MES) qui lui succèdera à partir de 2013 - pour le rendre plus flexible et lui permettre d'agir de manière préventive - a immédiatement posé la question de savoir si ces organismes disposaient des moyens financiers nécessaires pour faire face à ces nouvelles fonctions.

Enfin, le fait que la zone euro demeure une union monétaire sans véritable union économique continue d'inquiéter.

Philippe Waechter, de Natixis Asset Management, juge que la construction institutionnelle actuelle atteint ses limites et qu'il faut désormais "passer à un mode plus large qui ait sa propre autonomie et ne dépende plus de l'unanimité des pays qui seront autour de la table".

Les propositions en matière de gouvernance de la zone euro que la France et l'Allemagne ont dit vouloir mettre sur la table d'ici fin août permettront de juger si les deux poids lourds de la monnaie unique sont prêts à s'engager sur cette voie.

Julien Toyer, édité par Jean-Michel Bélot

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