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Europe : Juncker désigné pour la Commission, malgré l'offensive de Cameron

Europe : Juncker désigné pour la Commission, malgré l'offensive de CameronEurope : Juncker désigné pour la Commission, malgré l'offensive de Cameron

par Gregory Blachier

BRUXELLES (Reuters) - Jean-Claude Juncker a été désigné vendredi candidat pour la présidence de la Commission européenne par les dirigeants des Vingt-Huit, qui lui ont donné pour mandat d'oeuvrer pendant cinq ans en faveur de la croissance et de l'investissement.

Le Conseil européen a été contraint à un vote à la majorité qualifiée par l'inflexibilité du Premier ministre britannique David Cameron, quasiment isolé mais résolu dans sa lutte contre un homme qu'il juge trop fédéraliste et contre le "coup d'Etat" du Parlement européen dont ses ex-alliés ont pris acte.

L'ancien Premier ministre luxembourgeois a sans surprise été désigné, a annoncé le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, utilisant Twitter comme il en a l'habitude.

Il a obtenu 26 voix contre deux, la Hongrie y était aussi hostile, et va donc se présenter devant le Parlement le 16 juillet, en vue d'une élection a priori formelle.

Il formera ensuite son équipe en coopération avec les Etats membres avant de subir avec la Commission européenne tout entière un vote d'investiture qui permettra au nouvel exécutif de l'UE d'entrer en fonctions le 1er novembre 2014.

Candidat présenté par les conservateurs du PPE lors des élections, il a le soutien de son groupe mais aussi des sociaux-démocrates qui ont obtenu, sous l'impulsion de l'Italie et de la France, une inflexion pour la croissance et l'investissement adoptée à l'unanimité, ainsi que des libéraux et des Verts.

David Cameron a pourtant bataillé jusqu'au bout et rappelé, lors du déjeuner des chefs d'Etat et de gouvernement, son hostilité au processus comme à l'ex-président de l'Eurogroupe.

"C'est un mauvais principe et c'est la mauvaise personne. Jean-Claude Juncker est au coeur du projet, a accru le pouvoir de Bruxelles et réduit le pouvoir des Etats nations tout au long de sa vie politique", avait-il dit David Cameron à la presse.

"Ce n'est pas la bonne personne pour faire avancer cette organisation. Je suis très clair quant à ce qu'il faut faire. Je sais que les pronostics sont contre moi mais cela n'implique pas de changer d'opinion. Cela implique de défendre ce à quoi on croit et de voter en conséquence."

MERKEL ET RENZI S'ACCORDENT

David Cameron en avait fait une question de principe et a demandé un vote qui lui permettra de se défendre au Royaume-Uni, où sa résistance l'a relancé après la percée des souverainistes de l'Ukip lors des élections européennes de fin mai.

S'il a menacé d'anticiper un référendum sur le maintien dans l'Union européenne, prévu en 2017, les autres dirigeants qui se sont exprimés vendredi ont dit espérer que le Royaume-Uni retrouve toute sa place en Europe.

"Je ne pense pas que le Royaume-Uni soit proche de la sortie et je pense qu'il est très important qu'il reste dans l'UE", a dit le Premier ministre finlandais Alexander Stubb.

Le futur président de la Commission devra mettre en oeuvre la feuille de route adoptée par les Vingt-Huit sur leurs orientations pour les cinq ans à venir, pendant lesquels il conviendra de faire la "meilleure utilisation" des souplesses du pacte de stabilité pour évaluer les budgets.

Cette formule est issue d'un compromis trouvé notamment lors d'un entretien bilatéral entre Angela Merkel et le président du Conseil italien Matteo Renzi, durant lequel la chancelière a rappelé son attachement au respect des règles.

Une phrase - "Nous respectons le pacte de stabilité et de croissance" - a ainsi été ajoutée dans la dernière version du Programme stratégique dont la partie économique ne devait plus être modifiée en milieu d'après-midi.

LA COMMISSION DEVRA ALLER A L'ESSENTIEL

En contrepartie, Matteo Renzi et ses alliés sociaux-démocrates, dont la France, ont donc obtenu que soit rappelée la possibilité de bénéficier d'une certaine flexibilité.

Le programme fait apparaître une inflexion en faveur de la croissance, comme le voulait le centre-gauche qui conditionnait à cela son soutien à Jean-Claude Juncker.

Il reprend des propositions formulées cette semaine dans "l'initiative de croissance" adressée par la France à ses partenaires après un sommet des sociaux-démocrates à l'Elysée.

Le texte appelle notamment à faire le "plein usage des fonds structurels de l'UE", à mobiliser les financements privés comme publics, dont ceux de la Banque européenne d'investissement, et donne comme priorité le financement des infrastructures de transports, d'énergie et de télécoms, dans l'efficacité énergétique, l'innovation et l'éducation.

Il reprend une position largement partagée sur les prérogatives de la Commission.

"L'Union doit concentrer son action sur les domaines où elle fait une vraie différence", dit le texte, ajoutant qu'elle doit laisser faire les Etats là où ils sont tout aussi efficaces.

Le texte reprend en outre des positions plus consensuelles sur l'immigration, notamment le renforcement des contrôles aux frontières, et fait état de l'importance de l'engagement sur le climat et l'indépendance énergétique.

(Avec Jan Strupczewski, Julia Floretti, Giselda Vagnoni et Alastair Macdonald, édité par Yves Clarisse)

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