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Europe : Débat en europe autour de l'interdiction des ventes à découvert

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par James Regan et Ian Simpson

BERLIN (Reuters) - La décision d'interdire les ventes à découvert sur certaines valeurs financières dans quatre pays de la zone euro a provoqué vendredi un intense débat parmi les Etats et les autorités de régulation pour étendre ou non à l'Union européenne (UE) une mesure de ce type.

Après la mesure d'interdiction temporaire prise jeudi par la France, l'Italie, la Belgique et l'Espagne, l'Allemagne a annoncé qu'elle allait proposer une interdiction en Europe des ventes à découvert à nu sur les actions, les obligations d'Etat et les swaps de défaut de crédit (CDS).

"Nous préconisons une interdiction de grande ampleur sur les ventes à découvert à nu sur les actions, les obligations souveraines et les CDS", a déclaré à Reuters Martin Kotthaus, porte-parole du ministère allemand des Finances.

Il a souligné qu'une telle interdiction dans toute l'Europe était la seule façon de "contrer efficacement une spéculation destructrice", ajoutant que Berlin soutenait les mesures prises par Paris, Rome, Bruxelles et Madrid afin d'enrayer l'extrême volatilité en Bourse des titres des banques et des compagnies de leur pays respectif.

A l'inverse, l'Autriche, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont jugé vendredi qu'il n'était pas nécessaire d'agir sur le sujet.

De son côté, la Commission européenne a salué la décision de ces quatre pays mais elle a estimé qu'un cadre européen serait plus adapté en la matière.

"La Commission européenne (...) salue vivement les récents développements. Cependant, notre politique serait encore plus efficace et coordonnée si nous avions en place un cadre européen sur les ventes à découvert", a déclaré lors d'une conférence de presse Chantal Hughes, porte-parole de l'exécutif européen.

"PAS DE PROJET CONCRET À CE STADE"

Les ventes à découvert consistent pour un opérateur de marché à emprunter des titres pour les revendre en espérant les racheter ultérieurement moins cher et empocher la plus-value. Avec une vente à nu, l'opérateur n'emprunte même pas les titres mais parie tout de même sur leur baisse.

Ces opérations sont accusées d'amplifier les mouvements baissiers sur les marchés et leur interdiction est régulièrement envisagée durant les crises financières.

Dans une interview à Reuters, le président de l'European Securities and Markets Authority (Esma), le régulateur boursier européen, a dit vendredi ne pas envisager de proscrire les ventes à découvert dans d'autres pays européens, mais sans l'exclure pour autant.

"Il n'y a pas de projets concrets à ce stade pour d'autres pays, mais nous ne pouvons pas écarter que cela pourrait changer dans les prochains jours, les prochaines semaines ou les prochains mois", a déclaré Steven Maijoor.

Il a ajouté que l'Esma exhortait l'UE à adopter rapidement une régulation sur les ventes à découvert.

Les investisseurs sont susceptibles d'accueillir favorablement une approche plus coordonnée des autorités européennes en la matière, le marché estimant que le rebond observé depuis deux jours sur les valeurs bancaires pourrait n'être que de courte durée faute de mesures concertées.

"Si, au coeur de cette débâcle (boursière) il y a la déception générée par certaines attitudes irresponsables des dirigeants politiques (...), alors ces derniers doivent vraiment travailler ensemble et montrer qu'ils ne sont pas tous en vacances", juge Lothar Mentel, d'Octopus Investments.

LA GRANDE-BRETAGNE RENÂCLE

Pour l'Alternative Investment Management Association (AIMA), association des fonds spéculatifs, une interdiction pourrait déstabiliser les marchés.

"L'expérience a montré que les interdictions de ventes à découvert n'empêchent pas la chute du marché et peuvent bel et bien en exacerber la volatilité", déclare l'AIMA dans un communiqué.

L'association des banques allemande BdB a réagi vendredi en disant espérer que toute nouvelle interdiction des ventes à découvert en Europe ne soit que temporaire et en appelant de ses voeux des règles paneuropéennes qui évitent d'interdire entièrement cette pratique.

"Il faut des solutions paneuropéennes de bon sens", juge Michael Kemmer, directeur général de la BdB, qui représente des établissements comme Commerzbank ou Deutsche Bank.

"Plutôt que de proscrire les ventes à découvert, ces règles devraient tenir compte du fait que les ventes à découvert jouent un rôle important dans la formation des prix sur le marché. Des interdictions dans certains pays créent un patchwork de réglementations divergentes. Elles sont acceptables uniquement de manière temporaire."

Une source bancaire allemande au fait des questions de régulation a d'ailleurs critiqué l'Esma et jugé qu'elle avait échoué dans sa tâche de coordination européenne.

"Quel type de coordination a mis en place l'Esma ? Peu de choses", a dit la source, ajoutant que la Grande-Bretagne, qui redoute des conséquences néfastes pour son secteur financier, est le principal obstacle à une action commune sur les ventes à découvert.

Avec Gernot Heller, Natalie Huet et Jean Décotte pour le service français, édité par Gregory Schwartz

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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