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Europe : Berlin redoute une coalition "Club Med" au sein de l'UE

Europe : Berlin redoute une coalition Europe : Berlin redoute une coalition

BERLIN/BRATISLAVA (Reuters) - Certains responsables allemands craignent que ne se constitue au sein de l'Union européenne (UE) un bloc méditerranéen qui tenterait d'imposer un assouplissement des règles budgétaires communes, alors que pour eux l'orthodoxie s'impose plus que jamais au vu du départ prochain de la Grande-Bretagne.

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras rencontre vendredi à Athènes les chefs d'Etat et de gouvernement de France, d'Italie, d'Espagne, du Portugal, de Malte et de Chypre pour débattre de l'avenir de l'UE après que les Britanniques ont choisi, le 23 juin dernier, d'en sortir.

Tsipras se veut la figure de proue d'une initiative anti-austérité et se cherche des alliés, alors que l'Allemagne prône toujours une stricte discipline budgétaire avant le sommet européen de Bratislava à la mi-septembre.

Le député européen Markus Ferber, membre de la CSU, l'aile bavaroise de la CDU, le parti de la chancelière Angela Merkel, a déclaré au journal Die Welt qu'il redoutait de la part des pays du sud une "coalition de la redistribution" qui mettrait en péril la stabilité financière de l'Europe.

"Après le départ de la Grande-Bretagne, le 'Club Med' aura une minorité de blocage qui pourra faire obstacle à Bruxelles à toute loi qui ne lui convient pas", dit-il.

Le commissaire européen Günther Öttinger exprime lui aussi un certain malaise.

"Ce serait une mauvaise chose que le fossé se creuse entre les pays membres de l'UE ayant de gros problèmes budgétaires et ceux pour lesquels ils sont minimes", dit-il, dans les colonnes du Passauer Neue Presse.

S'exprimant dans le même journal, Ferber, vice-président de la commission économique et de change du Parlement européen, souligne que l'Europe doit faire bloc.

"Il faut un signal pour plus de stabilité, ce qui implique qu'il faut appliquer les textes existants", affirme-t-il.

De ce point de vue, il reproche au ministre des Finances Wolfgang Schäuble de soutenir la décision de l'UE de ne pas infliger d'amende à l'Espagne et au Portugal pour déficit budgétaire excessif.

Cette décision prise en juillet montre que la Commission européenne veut éviter de mettre des pays membres à l'amende alors que la croissance économique reste faible, que le sentiment anti-UE augmente et que des élections auront lieu en Allemagne, en France et aux Pays-Bas, ainsi qu'un référendum en Italie, dans les 12 mois qui viennent.

"Dans un moment où nous avons une croissance faible, il ne faut pas l'étouffer par le biais de sanctions économiques", a réagi le ministre des Finances autrichien Jörg Schelling.

"L'ÉTÉ EST FINI"

Pour autant, les ministres Finances de l'UE (Ecofin) réunis ce vendredi à Bratislava attendent toujours de ces deux pays qu'ils remettent de l'ordre dans leurs finances publiques.

"Je m'attends à une discussion très brève et surtout à une action probante de nos collègues espagnol et portugais", a dit le ministre des Finances slovaque Peter Kazimir, dont le pays occupe la présidence tournante de l'UE.

Conformément aux règles communautaires, Madrid et Lisbonne doivent prendre d'ici au 15 octobre des décisions conséquentes en vue de réduire leur déficit budgétaire. C'est aussi la date limite de présentation des projets de budget de 2017 pour l'ensemble des pays de la zone euro.

Mais dans la mesure où l'Espagne reste régie par un gouvernement qui se limite à liquider les affaires courantes, et qui n'est donc pas en mesure de prendre des engagements budgétaires contraignants, les ministres étudieront le moyen d'aménager les règles en fonction de cette situation, comme l'a dit le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem.

"Tout nouveau gouvernement espagnol devra tout de même ramener le budget dans les clous, quelles qu'aient été les décisions de cet été", a-t-il toutefois rappelé. "Les problèmes budgétaires de l'Espagne ne se sont pas dissipés et il appartiendra au nouveau gouvernement d'y faire face".

Pour ce qui concerne la Grèce, l'Ecofin a réclamé une accélération des réformes convenues dans le cadre d'un nouvel accord de renflouement conclu en 2015, prévoyant une aide financière de 86 milliards d'euros jusqu'en 2018 en échange desdites réformes.

L'Eurogroupe a déjà accepté en mai le versement d'une tranche de 10,3 milliards d'euros, dont 7,5 milliards ont déjà été transférés, le solde devant l'être d'ici la fin octobre sous certaines conditions.

Dijsselbloem a jugé qu'on avait déjà perdu beaucoup de temps. "L'été est fini (...) il est temps de retourner au travail", a-t-il résumé.

Son homologue allemand Schäuble s'est montré plus optimiste. "On sait très bien qu'avec la Grèce, la mise en oeuvre des mesures convenues intervient dans les derniers moments du calendrier prévu".

(Andrea Shalal, Tatiana Jancarikova, Shadia Nasralla, Jason Hovet, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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