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Marché : En chine, la transition politique prime sur la relance

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par Nick Edwards

PEKIN (Reuters) - Les autorités chinoises ont deux semaines environ pour décider de lancer ou pas un nouveau plan de relance économique, alors que la nouvelle direction du Parti communiste s'apprête à prendre le pouvoir sur fond de dégradation des performances économiques.

L'activité industrielle en Chine est déjà tombée à son plus bas niveau depuis neuf mois, selon le dernier indice HSBC, ce qui augure d'une dégradation des chiffres de la production et de la balance commerciale.

La croissance chinoise pourrait ainsi tomber sous 7,5% au troisième trimestre, en dessous de l'objectif officiel de Pékin pour la première fois en près de quatre ans.

Cette perspective est d'autant plus préoccupante que les chiffres du produit intérieur brut (PIB) de juillet-septembre seront sans doute publiés à peu près au moment où s'opérera la transition à la tête du Parti et du pays.

La seule option dont disposent les autorités pour doper la croissance dans un délai aussi bref consiste à augmenter les dépenses d'infrastructures. Mais en la matière, Pékin pourrait en fait s'en tenir au discours sans passer à l'acte.

"Ils envoient un message disant qu'ils veulent stimuler l'économie mais, en réalité, ce ne sera pas le cas", a déclaré à Reuters Andy Xie, influent économiste indépendant chinois. "La propagande est à peu près le seul outil qui leur reste."

Lancer réellement un nouveau plan de relance risque d'exacerber l'une des principales préoccupations de certains dirigeants et de beaucoup d'observateurs, à savoir le fait que les 4.000 milliards de yuans (500 milliards d'euros) injectés dans l'économie en 2008-2009 en réaction à la récession mondiale ont durablement plombé les finances des collectivités locales et favorisé la spéculation.

Certains craignent en outre de voir une nouvelle augmentation des investissements en actifs fixes - dont le niveau est déjà jugé préoccupant par le Fonds monétaire international - accroître les surcapacités de l'économie chinoise.

DE "VRAIS-FAUX" PLANS DANS CERTAINES RÉGIONS ?

La banque centrale a assoupli sa politique monétaire à plusieurs reprises ces derniers mois mais il est encore trop tôt pour que l'impact de ces mesures sur l'économie soit pleinement mesurable.

De plus, la capacité réelle des décideurs politiques à influencer le cours de l'économie chinoise, fortement exportatrice, est limitée par le fait que le principal frein à l'activité n'est autre que la récession en cours en Europe.

Dans ces conditions, un discours volontariste pourrait se révéler l'option la plus efficace à court terme.

Déjà, depuis un mois, la presse s'est fait l'écho de projets de plans massifs d'investissement dans une dizaine de municipalités ou de régions, dont la plupart ne seraient en fait pas financés ou ne feraient que reprendre des mesures déjà prévues par les plans quinquennaux officiels.

Le Premier ministre Wen Jiabao a commencé à exhorter ses concitoyens à affirmer leur confiance dans l'économie dans cette période difficile. Samedi, lors d'une visite dans la région du Guangdong, il s'est ainsi engagé à augmenter le soutien à l'activité et à améliorer la confiance des entreprises.

Pour Qu Hongbin, économiste de HSBC, les dépenses d'infrastructures sont le moyen le plus sûr de donner rapidement un coup de fouet à la croissance, qui vient d'enchaîner six trimestres consécutifs de ralentissement et est menacée d'un septième.

L'augmentation des investissements dans les infrastructures et la hausse moyenne de 20,7% en rythme annuel des investissements en actifs fixes depuis le début de l'année suggèrent d'ailleurs que la méthode est déjà à l'oeuvre.

L'EMPLOI, FACTEUR CLÉ

Qu Hongbin souligne que les menaces déjà réelles pesant sur l'emploi pourraient jouer un rôle.

"On ne peut pas attendre pour agir que plusieurs millions de personnes soient mises à la porte des usines", dit-il. "La conclusion, c'est que cela devrait servir de signal d'alarme pour les inciter à agir."

Le plan de relance de 2008-2009 avait été lancé alors qu'au moins 20 millions de Chinois avaient perdu leur emploi en quelques mois, victimes du ralentissement brutal du commerce mondial.

Aujourd'hui, malgré le ralentissement, la croissance mondiale se porte bien mieux qu'à l'époque. D'où les interrogations de certains sur l'opportunité d'un nouveau plan de grande ampleur.

Pour Tim Condon, responsable de la recherche économique Asie d'ING à Singapour, la stratégie des autorités chinoises pourrait être plus subtile à l'approche de la transition politique.

"Une mauvaise année, ce n'est pas la fin du monde pour le Parti. Les nouveaux dirigeants vont arriver, redresser la situation en 2013 et passer pour des héros", explique-t-il, ajoutant qu'une relance de grande ampleur viendrait contrarier la ligne officielle de lutte contre la spéculation et de rééquilibrage de l'économie.

"Ce qu'ils semblent vouloir dire, c'est qu'ils ne choisiront pas la facilité en renforçant les politiques dirigistes, mais qu'ils resteront sur la voie des réformes orientées vers les marchés", conclut-il. "Ce sera très positif. Si c'est le cas."

Marc Angrand pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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