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Marché : Dernière fenêtre de tir pour les fusions-acquisitions

Dernière fenêtre de tir pour les fusions-acquisitionsDernière fenêtre de tir pour les fusions-acquisitions

par Julien Ponthus et Christian Plumb

PARIS (Reuters) - Les entreprises qui envisagent une opération de fusion-acquisition d'envergure sur le marché français seraient bien inspirées de se lancer avant que la campagne présidentielle ne batte son plein, jugent des spécialistes du M&A interrogés par Reuters.

Des banquiers d'affaires estiment en effet que c'est une période à risque pendant laquelle une transaction peut brusquement devenir un objet de polémique.

"La réalité, c'est qu'une opération peut toujours être instrumentalisée par un syndicat ou un parti", explique un banquier d'affaires basé à Paris, notant "qu'il y a une série d'opérations (...) qu'il convient de faire passer soit en amont de la campagne soit après la fin des élections".

Les privatisations sont évidemment parmi les opérations les plus sensibles et peu de gens s'attendent par exemple à voir le gouvernement remettre sur la table l'ouverture du capital des aéroports régionaux. Une opération pourtant susceptible de faire rentrer plusieurs centaines de millions dans les caisses de l'Etat dans une période où le maître-mot est désendettement.

Si les confrontations électorales ne sont guère propices aux grandes batailles boursières - comme celles qui opposèrent en leur temps Total à Elf, Sanofi à Aventis ou encore Mittal Steel à Arcelor -, même des opération amicales dans des secteurs a priori non stratégiques pourraient prendre une mauvaise tournure.

"Tant qu'à faire, autant ne pas vendre Yoplait à des américains en période électorale", juge le banquier, faisant référence à l'acquisition par General Mills du numéro deux mondial des produits laitiers frais en mars dernier.

La vente de Yoplait à un industriel étranger a pu se dérouler sans trop de heurts malgré la volonté du gouvernement de trouver une solution française. Mais l'issue aurait pu être tout autre en pleine campagne, notamment à cause de l'importance de Yoplait pour les producteurs de lait français.

PATRIOTISME ÉCONOMIQUE

Les opérateurs notent d'ailleurs que même hors des temps forts électoraux, le patriotisme économique à la dent dure.

Ainsi, les enchères organisées en 2009 pour la vente d'Areva Transmission & Distribution ont été critiquées, le japonais Toshiba protestant de ne pas avoir été choisi bien qu'ayant proposé un prix plus élevés qu'Alstom et Schneider.

De même en décembre dernier, Ingenico a dû annuler en dernière minute une offre de 1,44 milliard d'euros de l'américain Danaher Corp.

Plusieurs dossiers pourraient s'accélérer avant la campagne ou au contraire être mis "au frigo" pour quelque temps.

"Ce ne serait pas forcément une bonne idée pour Renault de revoir ses liens avec Nissan pendant cette période", explique le même banquier.

La réorganisation de la filière nucléaire et ses conséquences sur les liens entre EDF et Areva est aussi susceptible de déclencher des polémiques, comme en attestent les vifs échanges entre politiques lors de l'éviction d'Anne Lauvergeon.

La création d'une grande entreprise minière française est aussi un "marronnier", comme les échanges d'actifs que doivent encore réaliser Safran et Thales pour restructurer le secteur de la Défense. Les stratégies de Carrefour ou de France Télécom restent aussi sous surveillance.

TESTER LES LIMITES

Les fonds d'investissement, en particulier anglo-saxons, réfléchiront quant à eux à deux fois avant de jeter leur dévolu sur des entreprises emblématiques ou très pourvoyeuses d'emplois.

"On nous a déjà accusé de tous les maux possibles", se plaint ainsi une source d'un fonds étranger, qui reconnaît que les déboires d'Axa Private Equity avec Skyrock ont laissé des traces, de nombreux politiques s'étant empressés de défendre le très médiatique PDG de la station de radio contre le fonds.

D'autre observateurs expliquent que les opérations restent possibles en y mettant les formes, et citent en exemple le rachat en 2010 de Pechiney par le fonds Apollo, une opération soutenue par l'Etat et le Fonds stratégique d'investissement.

Mais pour certains banquiers, une élection présidentielle pourrait être aussi l'occasion de tester les limites de l'interventionnisme français.

"Il y a toujours un motif politique pour ne pas faire quelque chose, je suis plus agressif que certains de mes collègues; si on a besoin de faire une opération et que c'est bordé juridiquement alors on y va", juge l'un d'eux.

"Qu'est-ce que l'Etat aurait fait contre Pepsico sur Danone?", demande ce banquier, jugeant qu'à part des effets de manche, le gouvernement de l'époque, en 2005, n'aurait rien pu faire juridiquement pour s'y opposer.

Edité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2011 Thomson Reuters

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