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Marché : De romanet prône un etat "stratège" pour éviter la relégation

De romanet prône un etat De romanet prône un etat

par Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - A l'instar de la Chine d'aujourd'hui ou de la France des Trente Glorieuses, l'Etat français doit se doter d'une feuille de route claire pour les vingt prochaines années si elle veut rester une nation de premier rang, martèle Augustin de Romanet.

Lors d'un entretien à Reuters à l'occasion de la sortie, jeudi, de son livre "Non aux Trente Douloureuses", l'ancien directeur général de la Caisse des Dépôts (CDC) rejette l'idée d'un déclin de l'Europe malgré la crise que traverse la zone euro.

Il refuse tout autant la fatalité d'un Vieux Continent relégué au rang de destination touristique, sorte de "grande Venise" selon ses mots, à l'instar de la France des années 2020 décrite par Michel Houellebecq dans son roman "La Carte et le Territoire".

"Faisons comme tous les pays qui ont une grande ambition universelle, projetons-nous à vingt ans", déclare Augustin de Romanet. "La priorité, c'est de dresser une feuille de route pour une génération. Où veut-on être dans 20 ans? Je ne souhaite pas que l'on soit en deuxième division du monde."

"Quand vous menez une politique de restriction budgétaire qui est absolument indispensable, il ne faut pas en parallèle sacrifier ni la jeunesse, ni la recherche ni les infrastructures."

"Cette crise a peut-être permis, au fond, à l'Europe de se renforcer. L'espoir que l'on peut avoir, c'est que les Européens soient piqués au vif de leur honneur et refusent d'être une grande Venise."

Alors que la campagne pour l'élection présidentielle est entrée dans sa dernière ligne droite, ce haut fonctionnaire regrette que l'Etat ait délaissé la gestion des ressources humaines de la fonction publique, pourtant essentielle à l'efficacité de son action.

"Quand on a des préfets qui changent tous les deux ans, quand on a des objectifs qui ne sont pas suffisamment précis, quand on a des carrières qui ne sont pas bien gérées, on se prive d'un levier extraordinaire pour le fonctionnement de l'Etat", déplore-t-il.

"PRIX DE LA DÉMOCRATIE"

"Il y a le fait que les ministres n'ont pas le temps de s'intéresser aux réformes de l'administration", ajoute-t-il.

"Ce n'est pas populaire donc les ministres ne s'intéressent pas beaucoup aux problèmes de leur administration."

La question des rémunérations des responsables politiques ne doit pas non plus être un sujet tabou, poursuit-il, se remémorant la polémique provoquée en 2007 par l'augmentation de celle de Nicolas Sarkozy à son arrivée à l'Elysée.

"L'Etat le plus performant au monde dans le management, c'est l'Etat de Singapour qui rémunère ses ministres comme des associés de McKinsey. Résultat, il a des ministres de la qualité des associés de McKinsey", analyse Augustin de Romanet, qui fut entre 2004 et 2005 directeur-adjoint du cabinet du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

"Je ne supporte pas le mépris pour les hommes politiques. Je pense qu'il existe de la part de nos concitoyens une absence de reconnaissance du prix de la démocratie."

Augustin de Romanet n'épargne pas non plus le monde de la finance, tenu pour responsable de la crise dans l'opinion et "adversaire" désigné du candidat socialiste François Hollande.

Cette finance, il la connaît bien d'ailleurs pour avoir notamment négocié le sauvetage, puis deux ans plus tard le démantèlement, de Dexia quand il était à la tête de la CDC.

"Il faut remettre la finance à sa place, c'est-à-dire au service du financement de l'économie et non pas au service d'elle-même comme elle a eu tendance à l'être depuis qu'on a privatisé la finance avec les produits dérivés qui n'étaient compris que des opérateurs", insiste-t-il.

"Les politiques ont déserté la finance."

Augustin de Romanet a quitté la Caisse des dépôts début mars, son mandat n'ayant pas été renouvelé par le président Nicolas Sarkozy en cette période électorale. Son successeur sera désigné après la présidentielle.

Interrogé sur CNP Assurances, Augustin de Romanet a confirmé être candidat à la succession de Gilles Benoist au poste de directeur général de l'assureur, mais il s'est refusé à plus de commentaires.

Avec Julien Ponthus et Jean-Michel Belot, édité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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