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Marché : Cor-panhard estime urgente la consolidation des blindés français

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par Cyril Altmeyer

MAROLLES-EN-HUREPOIX, Essonne (Reuters) - Le PDG de Panhard, spécialiste privé des blindés légers, plaide pour une consolidation rapide des équipementiers français, voire européens, de l'armement terrestre avant qu'il ne soit trop tard face à la concurrence des géants américains du secteur.

Christian Mons, qui préside également le Groupement des industries françaises de défense terrestre (Gicat) depuis 2009, estime que le mouvement, amorcé mi-décembre avec l'ouverture de discussions en vue de l'entrée de Thales dans le capital du groupe public d'armement terrestre Nexter en échange de la fusion de leurs activités munitionnaires, aurait déjà dû se faire il y a plusieurs années.

"Tout ça arrive un peu tard (...) parce qu'on est un peu en train, progressivement, de perdre pied", observe Christian Mons, qui a accordé un entretien à Reuters. "Nos concurrents étrangers, entre autres anglo-saxons mais aussi allemands, atteignent des dimensions qui nous marginalisent un peu aujourd'hui. On ne joue pas dans la cour des grands."

Panhard a été racheté en 2005 à PSA par le fabricant de 4x4 Auverland, que Christian Mons, 66 ans, dirigeait depuis 2001, après plus de dix ans chez Thomson-CSF dont est issu Thales. La gamme d'Auverland a été intégrée à celle de Panhard, spécialisé dans les blindés jusqu'à 12 tonnes.

La société compte comme principaux concurrents les américains Oshkosh et AM General, fabricant des célèbres Humwee, les allemands Rheinmettal et Krauss-Maffei Wegmann (KMW), les italiens Iveco (Fiat) et Oto Melara (Finmeccanica) et le turc Otokar.

"La consolidation, je la vois plutôt (...) entre les acteurs français avant de faire une consolidation européenne", estime Christian Mons, évaluant la taille critique nécessaire à environ trois milliards d'euros de chiffre d'affaires.

DISCUSSIONS AVEC RENAULT TRUCKS ET NEXTER

Panhard a repris l'an dernier ses discussions avec Renault Trucks Defense, filiale de Volvo, après une première tentative avortée en 2009, et a également discuté avec Nexter, le fabricant des chars Leclerc, indique Christian Mons.

"Nexter est une société intéressante qui a des capacités importantes et qui effectivement présente un intérêt", répond-il à une question sur une éventuelle entrée de Panhard au capital de Nexter.

Christian Mons observe que les discussions sont "plus faciles" avec des groupes privés comme Renault Trucks Defense ou des groupes européens privés qu'avec Nexter, dont le processus de privatisation n'a pas encore été lancé.

"Avec Renault Trucks, on a des discussions qui vont un peu au-delà de celles qu'on a avec Nexter", dit-il. "Avec Renault Trucks, on travaille plus sur des projets de JV, voire des projets de consolidation capitalistique (...) plus poussés."

Un rapprochement permettrait d'occuper davantage le terrain sur le plan commercial, proposant une gamme élargie à des clients qui conservent leur matériel plusieurs décennies.

"Quand vous lui vendez quelque chose une fois tous les 40 ans (...), c'est très difficile d'assurer une présence commerciale soutenue chez un client", explique Christian Mons. "On sait par expérience que loin des yeux, loin du coeur, quand vous n'êtes pas chez le client, vos concurrents y sont en général."

L'idée d'un EADS terrestre, maintes fois évoquée, lui paraît difficile pour le moment. "Il faudrait qu'il y ait une convergence de vue entre les Français et les Allemands", note-t-il. "Aujourd'hui on n'en est pas du tout là."

Panhard, dont la famille Cohen détient 83%, Christian Mons 10% et l'investisseur Pierre Delmas le solde, ne juge pas utile une entrée en Bourse pour l'instant, avec une marge opérationnelle annuelle supérieure à 10% et les capitaux nécessaires pour financer sa croissance.

"Si demain on devait racheter Nexter par exemple, on le ferait en utilisant la Bourse parce qu'il faudrait des capitaux et que nos actionnaires historiques ne pourraient pas les apporter", dit Christian Mons.

Le spécialiste du véhicule blindé léger (VBL), dont 2.300 exemplaires sont en service dans 16 pays, est le plus petit des trois principaux acteurs du secteur, Nexter affichant un chiffre d'affaires annuel d'environ un milliard d'euros et Renault Trucks Defense 300 millions. (voir )

Panhard, qui réalisait 50 millions d'euros de chiffre d'affaires lors de son rachat en 2005, prévoit 110-120 millions d'euros en 2012, après un peu moins de 100 millions en 2011. Il vise 140-150 millions en 2015, dont la moitié à l'export contre 20% actuellement, avec parmi ses principaux clients les pays du Golfe et les Etats de l'ancienne Afrique francophone.

NOUVEAUX VENUS DANS LES PAYS ÉMERGENTS

Le groupe, dont le carnet de commandes représente deux ans de chiffre d'affaires, discute avec la Russie sur un contrat de 500 VBL, estimé à près de 200 millions d'euros, pour la sécurisation de la frontière sud du pays avec le Caucase en vue des Jeux olympiques d'hiver de Sotchi en 2014.

Même s'il est désormais concurrencé par des pays émergents comme le Brésil, la Corée du Sud ou l'Afrique du Sud, Panhard compte sur la demande accrue pour ses blindés légers à la suite du développement des conflits asymétriques où engins explosifs improvisés et snipers constituent des menaces constantes.

"La fiche programme du petit véhicule protégé (PVP) a été faite au retour du Kosovo, là où les officiers avaient constaté que pour aller chercher le pain, il fallait prendre un VBL", explique Christian Mons, citant également l'Afghanistan.

L'armée française a acheté à Panhard 933 PVP, dont le dernier a été livré en décembre, avec une seconde commande de 200 unités passée en septembre plus une option pour 100 autres dont Christian Mons espère la confirmation au premier semestre.

Panhard, qui emploie 350 personnes sur deux sites à Marolles-en-Hurepoix (Essonne) et à Saint-Germain-Laval (Loire), tire ses origines de Panhard & Levassor, pionnier français de l'automobile créé en 1890. Il avait livré ses premières automitrailleuses à l'armée française en 1904.

Edité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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