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Marché : Bruxelles veut sévir contre les agences de notation

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par Julien Toyer

BRUXELLES (Reuters) - La Commission européenne a vivement critiqué mercredi la décision de Moody's de placer la note du Portugal en catégorie spéculative et a prévenu qu'elle allait désormais sévir contre les agences de notations.

Le président de l'exécutif communautaire, José Manuel Barroso, a accusé les trois agences Standard & Poor's (McGraw Hill), Moody's et Fitch (Fimalac) d'encourager la spéculation au sein de la zone euro et a dit qu'il était souhaitable de les rendre responsables devant les juridictions civiles et de les mettre en concurrence avec une nouvelle agence européenne.

Ce n'est pas la première fois que la Commission s'attaque de front aux agences, mais sans succès jusqu'à maintenant. En mars, les commissaires Olli Rehn et Michel Barnier avaient publié un communiqué commun reprenant ces différentes pistes après un abaissement des notes espagnole et grecque, déjà par Moody's.

"Nous regrettons profondément la décision d'une agence de notation d'abaisser la note portugaise. Nous regrettons ce fait, nous regrettons aussi la méthodologie choisie et la date choisie", a dit José Manuel Barroso lors d'une conférence de presse, à Strasbourg.

"Franchement, les décisions prises hier par une agence de notation n'ajoutent pas à la clarté et à la transparence. Elles ajoutent un élément spéculatif supplémentaire à la situation", a-t-il ajouté, rappelant que les agences de notations n'étaient "pas infaillibles" et n'avaient pas réussi à anticiper convenablement la crise de 2008.

De manière simultanée, un porte-parole de la Commission a jugé que cette décision était un "épisode regrettable" et mettait en évidence le "comportement contestable" des agences.

RESPONSABILITÉ CIVILE

Les relations entre les agences de notation et les autorités européennes se sont considérablement tendues depuis le début de la crise grecque fin 2009, l'UE accusant Fitch, Moody's et Standard & Poor's d'avoir un biais négatif vis-à-vis des plans de soutien européens à la Grèce, au Portugal et à l'Irlande.

Deux mesures de régulation ont déjà été adoptées. Elles obligent les agences à s'enregistrer pour exercer dans l'UE et celles-ci sont désormais placées sous la supervision de la nouvelle Autorité européenne des marchés financiers (AEMF), qui peut aller jusqu'à leur retirer leur licence en cas de non respect des règles.

Mercredi, le commissaire européen au Marché intérieur, Michel Barnier, leur a lancé un avertissement à peine voilé au sujet de cette possibilité.

"J'invite les agences, sous le contrôle des superviseurs, à être extrêmement vigilantes au plein respect des règles en vigueur et à évaluer avec objectivité et lucidité la situation des pays qu'elles notent", a-t-il dit dans une déclaration écrite, tout en insistant sur le fait qu'elles s'étaient déjà "lourdement trompées dans un passé récent".

Il a par ailleurs indiqué qu'il était légitime de s'interroger sur l'opportunité de suspendre la notation d'un pays bénéficiant d'un plan d'aide international et que cet aspect serait traité dans une nouvelle régulation européenne du secteur qui sera présentée à l'automne.

José Manuel Barroso a de son côté expliqué qu'il était aussi envisageable de rendre les agences civilement responsables de leurs décisions et qu'une nouvelle agence européenne pourrait être créée pour concurrencer la suprématie américaine en matière de notation financière.

Même si cette réforme est réclamée une majorité d'Etats membres de l'UE et par les eurodéputés, elle a toutefois peu de chance d'aboutir rapidement.

Suspendre la notation d'un pays bénéficiant d'un plan d'aide ou rendre les agences civilement responsables se heurtent à une série de problèmes techniques et les points de vue sont extrêmement divergents sur la forme et les missions d'une éventuelle agence européenne, indique-t-on à Bruxelles.

Julien Toyer, édité par Jean-Michel Bélot

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