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Marché : Big bang patronal, "le changement, c'est (pas) maintenant"

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par Julien Ponthus

PARIS (Reuters) - "Il ne faut pas se contenter de dire (...) des têtes vont tomber, il faut dire lesquelles et le dire rapidement."

Plus de trente ans séparent cette déclaration du socialiste Paul Quilès, au congrès de Valence en 1981, et la possible élection de François Hollande à la présidence de la République le 6 mai.

Plus de trente ans et un gouffre idéologique, car le candidat socialiste n'envisage nullement, au contraire de François Mitterrand, de nationaliser des pans entiers de l'économie ou de prendre le contrôle des entreprises dont l'Etat est un actionnaire important en changeant leur patron.

Certains observateurs estiment même sur le mode de l'ironie que la promesse de François Hollande de limiter les écarts de rémunération de 1 à 20 dans les entreprises publiques pourrait avoir un impact bien plus important en termes de démissions qu'une très hypothétique purge politique.

Reste que la tension entre l'équipe de François Hollande et le patron d'EDF Henri Proglio et le procès d'intention de la majorité sortante sur une "épuration" postélectorale entretiennent la nervosité de certains patrons d'entreprises publiques.

Mais selon l'enquête menée par la rédaction de Reuters et les déclarations du candidat et de ses proches, le risque d'une mise à plat de la gouvernance des entreprises publiques françaises est jugé très faible.

Le slogan de campagne de François Hollande, "le changement, c'est maintenant", ne semble donc pas viser les patrons des entreprises publiques.

NE PAS DÉSTABILISER LES ENTREPRISES

"On n'est pas là pour déstabiliser les entreprises publiques", déclarait ainsi à Reuters Michel Sapin, chargé du programme présidentiel du candidat socialiste, lors d'un entretien accordé à Reuters la semaine dernière.

"L'économie a besoin de stabilité, donc moins on change, mieux c'est", avait-il dit.

Interrogé dans Le Journal du Dimanche, François Hollande a botté en touche sur la question spécifique du maintien de Henri Proglio. Mais il a dans le même temps rappelé une question de principe.

"Je demanderai aux présidents des entreprises publiques d'agir dans le sens des orientations de l'Etat actionnaire", a-t-il dit, avant d'ajouter : "La compétence sera le seul critère. Pour moi la loyauté sera demandée à l'égard de l'Etat, non à l'égard de la personne du chef de l'Etat."

A ce titre Henri Proglio est sans doute le seul à avoir publiquement pris position contre le programme de François Hollande et la sortie du "tout-nucléaire".

D'autres proches du candidat notent que certaines entreprises comme Air France-KLM ou Areva auront de lourds chantiers de restructuration à mener et que dans ce contexte, tout changement intempestif de dirigeants pourrait être politiquement maladroit.

L'hypothèse qui semble avoir été retenue par François Hollande est un changement progressif des dirigeants au fur et à mesure que leur mandat arrive à échéance.

LA CDC, L'UN DES PREMIERS TESTS

Le premier choix qu'il aura à faire s'il accède à l'Elysée sera de nommer le prochain directeur général de la Caisse des dépôts (CDC), dont l'intérim est assuré par Antoine Gousset-Grainville.

Nommé directeur général de la CDC en 2007 par Jacques Chirac, Augustin de Romanet n'a pas été reconduit dans ses fonctions en mars, Nicolas Sarkozy ayant décidé de reporter à l'après-présidentielle la nomination de son successeur.

Les pronostics vont bon train pour ce poste éminemment stratégique puisqu'il permet d'influencer les nominations dans les entreprises où la CDC siège au conseil d'administration. Les spéculations portent notamment sur une nomination de l'actuel président de l'Autorité des marchés financiers Jean-Pierre Jouyet.

La première illustration de l'influence de la Caisse des dépôts devrait être la gouvernance de CNP Assurances, où Augustin de Romanet est candidat à la succession de Gilles Benoist au poste de directeur général. Il aura pour cela besoin de l'accord de son successeur à la tête de la CDC.

Au niveau administratif, l'arrivée de François Hollande pourrait cependant entraîner plusieurs changements à Bercy.

Est notamment anticipé le départ de Jean-Dominique Comolli de l'Agence des participations de l'Etat (APE), structure qui gère le portefeuille de l'Etat dans de grandes entreprises comme Renault ou EDF.

Il a été reproché à l'APE une gestion trop passive de ses droits au sein des conseils d'administration, une lutte insuffisante contre les délocalisation et l'absence de mise en oeuvre d'une politique industrielle cohérente.

Edité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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