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Marché : Al djazira, un nouveau rival de poids pour canal+

Al djazira, un nouveau rival de poids pour canal+Al djazira, un nouveau rival de poids pour canal+

par Gwénaëlle Barzic et Leila Abboud

PARIS (Reuters) - L'offensive d'Al Djazira en France constitue une menace directe pour le numéro un de la télévision payante Canal+, qui devrait toutefois limiter les pertes d'abonnés, au moins dans un premier temps, estiment experts et analystes du secteur.

La filiale de Vivendi a déjà eu maille à partir avec des concurrents mais a jusqu'ici eu le dernier mot, que ce soit avec le bouquet satellite TPS qu'elle a fini par racheter ou avec Orange Sport qui a jeté l'éponge.

Al Djazira Sport, qui peut s'appuyer sur la puissance de feu financière du Qatar, s'annonce comme un adversaire autrement plus coriace.

Sous la houlette de Charles Biétry, ancien directeur des sports de la chaîne cryptée, le groupe de télévision a mené un raid éclair sur les droits de retransmission du football en France avec dans sa future offre 80% du championnat de Ligue 1 et 133 matches de Ligue des champions.

Le diffuseur a également fait ses emplettes dans les rédactions parisiennes en chipant à Canal+ le journaliste Christophe Josse et le chroniqueur Darren Tulett, ou en recrutant Alexandre Ruiz à la radio Europe 1.

Attaqué sur son pré carré, Canal+ a déjà engagé la riposte alors même que les chaînes du groupe qatari n'ont pas encore commencé à émettre. Sur ses antennes, un spot d'autopromotion met en avant la nouvelle programmation qui sera proposée aux abonnés à partir du mois d'août et la reprise de la Ligue 1.

"Notre stratégie a été de concentrer nos investissements pour améliorer notre offre dans le sport. Aujourd'hui, nous avons l'offre de foot la plus forte qu'on ait eue depuis des années sur Canal+ avec les deux premiers matches de Ligue 1, le premier choix de la Ligue des champions et la Premier League", souligne Rodolphe Belmer, le numéro deux de Canal+.

"Nous sommes persuadés que pas un seul abonné ne va partir."

VERS DES DOUBLES ABONNEMENTS

L'enjeu est de taille pour Canal+ dont le sport constitue, avec le cinéma, l'un des piliers de la programmation.

Selon une étude interne citée dans une note de Barclays Capital, la moitié des abonnés de Canal+ seraient intéressés par le sport qui demeure l'un des principaux produits d'appel de la télévision payante, souligne Frédéric Bolotny, chercheur du Centre de droit et d'économie du sport, à Limoges.

"L'enjeu est de savoir si le fait d'avoir la crème de la crème mais peu de matches continue à être discriminant pour la chaîne", estime l'économiste.

Les fans de Ligue 1 qui voudraient ne rien manquer du championnat pourraient se sentir frustrés avec deux matches seulement sur la chaîne cryptée pour un coût de près de 40 euros par mois. D'autant que l'option Foot+ qui proposait l'intégralité du championnat pour huit euros de plus par mois risque d'être en grande partie vidée de sa substance.

Les abonnés franchiront-ils pour autant le pas et se désengageront-ils pour tester l'offre d'Al Djazira ?

Les passionnés de sport pourraient être d'autant plus tentés de prendre un double abonnement que le prix de lancement de beIN Sport 1 et 2 - 11 euros - est plus bas que prévu.

"Il faut s'attendre plutôt à des doublons qu'à des transferts car la plupart des abonnés de Canal ne voudront pas se désabonner et perdre les plus belles affiches", estime Jérôme Bodin, analyste chez Natixis, qui souligne aussi que les choix d'abonnement se font de plus en plus en famille.

Difficile, par exemple, pour le supporter du Stade Brestois, sans doute peu exposé dans l'offre de Canal+, d'imposer un désabonnement à ses proches fans de "Dexter" et "Kaboul Kitchen".

QUATRE ANS DE RÉPIT

Même si Canal+ a réussi pour l'instant à conserver une offre premium dans le sport, les cartes seront redistribuées dans quatre ans avec les prochains appels d'offres.

"Pour les quatre prochaines années, nous ne voyons aucun risque sur le modèle économique de Canal+, qui va continuer à se développer. La question porte sur l'après et le fait de savoir s'ils (Al Djazira) vont vouloir devenir hégémoniques", indique Rodolphe Belmer.

Dans l'intervalle, les deux parties ont tout intérêt à s'entendre, souligne une source du secteur.

Canal+ pourrait proposer en option dans son bouquet premium les chaînes d'Al Djazira dont la programmation sera en grande partie complémentaire, mais le choix promet d'être cornélien.

"Ils peuvent les distribuer pour éviter que leurs clients n'aillent prendre un abonnement chez eux ailleurs mais ils peuvent aussi choisir de limiter leur visibilité pour amoindrir leurs chances de succès", explique cette source.

Edité par Dominique Rodriguez

Copyright © 2012 Thomson Reuters

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