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Marché : 'l'idée est de préparer un défaut de la grèce'

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(CercleFinance.com) - Philippe Szokolóczy-Syllaba est le fondateur de My Global Advisor, une société de gestion et d'ingénierie patrimoniale basée à Genève. Il livre à Cercle Finance ses réflexions sur la récente débâcle boursière, sur les incertitudes économiques actuelles et les issues probables à la crise de la dette européenne.

Cercle Finance: Quelle a été la réaction de vos clients face à la récente dégringolade des marchés financiers?

Philippe Szokolóczy-Syllaba: Ils se posent tout naturellement des questions. La plupart manifestent leurs craintes, mais à ce stade la majorité d'entre eux semblent exclure le scénario d'un retour en récession. Ils considèrent qu'il est préférable de faire le dos rond compte tenu de la volatilité actuelle.

CF: Quelle stratégie leur recommandez-vous en ces temps troublés?

PSS: Le vrai problème, c'est que depuis trois ans l'évolution des marchés boursiers se trouve totalement décorrélée de l'analyse dite fondamentale. Les indices sont devenus tributaires des effets d'annonce de la Fed, de la BCE ou des politiques. C'est l'avènement de la finance comportementale, des manipulations et des rumeurs. Cette orientation se révèle dangereuse car elle risque de conduire à des prévisions auto-réalisatrices. A force de s'entendre répéter à quel point la situation est catastrophique sur les marchés, les chefs d'entreprise ne sont guère encouragés à poursuivre leurs projets d'embauche et d'investissement, ce qui représente un vrai péril pour l'économie.

CF: Les indices boursiers peuvent-ils se ressaisir?

PSS: Je crois qu'on se trouve aujourd'hui dans un véritable 'trend' baissier. A l'heure actuelle, 19 grands indices internationaux sur 20 présentent toutes les caractéristiques d'un 'bear market' (plus de 20% de baisse sur un trimestre, NDLR). Plusieurs indicateurs avancés sont dans le rouge: les spreads (Libor OIS, PIIGS et CDS bancaires) sont tous au plus haut et les cours du cuivre, les marchés émergents (dont le KOSPI et le CSI 300) et le dollar australien ont tous cassé des niveaux supports. Aux Etats-Unis, quand on se penche sur l'économie réelle, on voit que l'emploi ne redémarre pas, que le marché de l'immobilier reste maussade que et le baril du pétrole demeure très cher. C'est un scénario qui a tout l'air d'être récessionniste.

CF: Faut-il justement attendre un signal en provenance des Etats-Unis?

PSS: Au finalt, Wall Street a quand même réussi à limiter la casse au cours des dernières semaines. En comparaison, les marchés européens ont essuyé des pertes bien plus lourdes. Cela illustre peut-être la capacité des américains à mieux rebondir, malgré des déficits plus importants. En Europe, nous peinons à mener des réformes structurelles qui permettraient de sortir de la crise. Le dossier de la Grèce mérite pourtant plus que des demi-mesures. Il faut à tout prix isoler le pays et éviter un risque de contagion. Je fais le pari qu'on arrivera à un défaut sur 50% de la dette grecque en début d'année prochaine. A l'heure actuelle, l'idée des politiques est de préparer et d'organiser ce défaut partiel, de telle sorte qu'il génère le moins de répercussions négatives. Je crois qu'il faut surtout qu'on réussisse à éviter un défaut des banques du pays et une contamination du système bancaire européen.

CF: La solution du dossier grec est la seule clé?

PSS: Pas seulement. A court terme certainement, mais il faut aussi que cela s'accompagne d'un rééquilibrage budgétaire qui tienne la route en Italie. Sans doute faudrait-il pour cela un remaniement à la tête de l'Etat. A plus long terme, nous devons faire face à de nombreux problèmes structurels. Il faut ramener le déficit budgétaire américain à un niveau raisonnable, réévaluer le yuan pour qu'il corresponde mieux à la vigueur de l'économie chinoise et engager de véritables réformes de fonds en Europe, avec si possible la mise en place de mécanismes de type fédéraliste. Dans l'immédiat, on ne peut rien espérer d'autre qu'un rallye technique à condition que des solutions soient trouvées pour la Grèce et l'Italie. Un retour à un marché haussier durable ne me semble d'actualité. Il va falloir faire preuve de beaucoup d'humilité.

CF: Que penser de la montée de la réglementation qui se dessine en parallèle?

PSS: Il est vrai que l'environnement réglementaire est en train de considérablement se durcir, notamment avec l'arrivée des normes bancaires de Bâle III. Il faut aussi composer avec un durcissement fiscal global, comme l'illustre l'introduction de l'impôt sur la fortune dans des pays comme l'Espagne ou la Belgique. Ajoutons à cela un climat de quasi-guerre économique entre certains pays. La Suisse a été récemment attaquée par les Etats-Unis au sujet du secret bancaire, davantage pour remplir ses propres caisses qui sont vides que pour des raisons morales. Le secret bancaire est d'ailleurs toujours protégé aux Etats-Unis. Je reçois de plus en plus de demandes de conseils en matière de régularisations de la part de ressortissants européens. Tous ces aspects me font penser qu'il va devenir de plus en plus difficile d'exercer les métiers de la finance dans les années qui viennent.

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