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Chicuong Dang : "Un rebond du pétrole est possible en 2016"

Chicuong Dang, gérant actions chez KBL Richelieu GestionChicuong Dang, gérant actions chez KBL Richelieu Gestion

(Tradingsat.com) - Tombé sous 35 dollars, le prix du baril WTI (West Texas Intermediate), coté à New-York, poursuit sa baisse, tandis que le Brent, coté à Londres, évolue sous les 37 dollars, au plus bas depuis 7 ans. Pour Chicuong Dang, gérant actions chez KBL Richelieu Gestion, le scénario d’une stabilisation, voire d’un (léger) rebond n’est cependant pas à négliger.

Tradingsat.com : Est-ce que le baril est à son prix, peut-il encore descendre ?

Chicuong Dang : En refusant début décembre de réduire sa production, l’Arabie Saoudite, le membre le plus influent de l’OPEP a pris les marchés par surprise. Au lieu de l’abaisser, le cartel a au contraire décidé de maintenir son plafond global de production à 31,5 millions de barils par jour, contrecarrant les attentes de rééquilibrage entre l’offre et la demande à court terme. L’Arabie Saoudite tient clairement les rênes et maintient la pression sur les prix, cherchant à pousser en dehors du marché les producteurs dont les coûts de production sont les plus élevés. On pense à l’offshore, mais surtout aux huiles non conventionnelles américaines. L’Arabie Saoudite mène une politique pour retrouver ses parts de marché et rester le maître du jeu.

Tradingsat.com : Une remontée des prix est-elle envisageable ?

Chicuong Dang : Il y a un problème de demande évident au vu de la croissance mondiale qui reste assez atone et devrait tourner autour des 3% en 2016. Cela ne sera sans doute pas suffisant pour booster et faire accélérer la demande de pétrole mondiale. Cela dit, 35 dollars semble quand même un prix assez faible. Je vois donc une probabilité plus grande en 2016 d’un rebond du prix du pétrole que d’une poursuite de la baisse, d’autant qu’il y existe tout de même une très forte corrélation du baril avec le dollar américain. Or, je ne vois pas non plus l’euro continuer à s’effondrer avec une parité euro/dollar qui devrait rester dans une fourchette de 1-1,10 dollar.

Tradingsat.com : Goldman Sachs voit le baril descendre à 20 dollars.

Chicuong Dang : C’est un scénario possible mais qui aurait trop de répercussions négatives pour tout le monde à mon sens. Un monde avec un baril à 20 dollars impliquerait encore davantage de pressions déflationnistes sur l’économie. Aux Etats-Unis, de nombreux producteurs feraient faillite, pénalisant l’économie américaine, tandis certains pays producteurs verraient les déficits courants de leur balance des paiements et leurs réserves de change se dégrader très fortement. Un pétrole à 20 dollars aurait énormément d’inconvénients et d’implications négatives. Compte tenu du moment où nous nous situons dans le cycle, avec une demande qui continue à croître – certes très faiblement – et une offre qui devrait s’ajuster progressivement en 2016, ainsi qu’un dollar qui ne devrait plus trop s’apprécier, le scénario d’une remontée – même modeste - des prix du pétrole est le plus probable.

Tradingsat.com : Est-ce le bon moment ou trop tôt pour acheter des valeurs pétrolières ou parapétrolières ?

Chicuong Dang : Trois catégories de valeurs sont concernées. Pour les valeurs d’exploration-production type Maurel & Prom, fragilisées financièrement par la chute du baril, il est compliqué de se positionner à l’achat sans vision claire sur le timing du rebond du baril qui leur permettrait de reconstituer leurs cash flows. De même, il est difficile d’acheter aujourd’hui la seconde catégorie, les valeurs parapétrolières. Certes, les valorisations sont revenues sur des niveaux assez attractifs, et permettent de patienter en attendant des jours meilleurs. L’environnement de ces sociétés demeure très compliqué. Leurs clients sont les sociétés pétrolières, qui font actuellement le dos rond en coupant drastiquement dans leurs dépenses. Par ailleurs, leur situation financière n'est pas au mieux. CGG va devoir lever des capitaux pour se restructurer. Vallourec est également sous pression avec un EBITDA qui sera vraisemblablement négatif en 2015.

Tradingsat.com : Quid des « majors » pétrolières ?

Chicuong Dang : Le dernier segment est en effet celui des grandes compagnies pétrolières, dont la génération de cash flow dépend évidemment des cours du pétrole. Mais celles-ci ont fait énormément d'efforts au cours de ces dernières années. Elles ont restructuré leurs coûts et optimisé leurs investissements, ce qui leur permet de mieux résister à la faiblesse du baril comparativement aux autres acteurs du secteur. Elles profitent aussi d'une activité de raffinage qui se porte bien. Surtout ce sont des valeurs qui offrent un rendement assez attractif et crédible. Le dividende n’a pas été « coupé » chez Total depuis 1981, chez Shell depuis la seconde guerre mondiale. Ces deux valeurs sont aujourd'hui des opportunités d'investissement. Elles offrent un rendement du dividende de plus de 5%, très appréciable dans un environnement de taux bas. Shell a énormément souffert en Bourse de son rapprochement avec British Gas, mais c’est une compagnie bien gérée qui génère du cash avec un rendement solide de 8,5%.

Plus généralement, après une année 2015 portée par les flux et la liquidité, le marché ne pourra pas continuer à monter en 2016 sans les pétrolières, qui représentent environ 10% de la cote alors que le pétrole est un baromètre de l’économie. En cas de petit retournement des prix du pétrole, les valeurs les moins risquées du secteur, les « majors » pétrolières, seraient logiquement privilégiées.

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