Bourse > Actualités > Interviews > A. Réquillart, D. Le Louët : "Paris, carrefour incontournable des petites sociétés du secteur de la santé"

A. Réquillart, D. Le Louët : "Paris, carrefour incontournable des petites sociétés du secteur de la santé"

(Tradingsat.com) - Devenue la référence en Europe dans le domaine des biotechnologies, la Bourse de Paris fait aussi bonne figure dans celui des technologies médicales (les « medtechs ») et de la santé en général. Pour permettre aux investisseurs de miser sur l’ensemble de ces valeurs, Société Générale a lancé en septembre le premier Certificat 100% Santé (code ISIN FR0012170744), indexé sur l’indice Euronext Healthcare Equipment & Services EW. Les explications d’Aurélien Réquillart, Responsable Relations Investisseurs Produits de Bourse en France, et de Delphine Le Louët, analyste Santé et Biotechnologie à la Société Générale.

Tradingsat : Pourquoi avoir lancé ce nouveau certificat ?

Aurélien Réquillart : Nous l’avons créé pour répondre à la demande de nos clients investisseurs. Les valeurs de la santé surperforment l’ensemble du marché depuis la fin de l’année 2013. Notre certificat 100% Next Biotech permet déjà de capter la performance des sociétés de biotechnologies. Mais d’autres entreprises du secteur de la santé, notamment les sociétés de technologies médicales, les « medtechs », offrent elles aussi d’importants potentiels de création de valeur. Une simulation par Euronext de la performance passée de l’indice Euronext Healthcare Equipment & Services EW avant sa création montre une progression nettement supérieure à celle du marché.

Tradingsat : Comment fonctionne le certificat et quels critères remplissent les valeurs de l’indice Euronext Healthcare Equipment & Services EW ?

Aurélien Réquillart : L’objectif du certificat est de répliquer parfaitement la variation de l’indice, ajustée des frais de gestion de 1% par an, calculés a prorata de la durée de détention. Si l’indice recule en un jour de 3%, le certificat perdra 3% et inversement. Si sur un an, l’indice gagne 20%, le certificat gagnera 19% (20% moins les frais de 1%). La même progression sur six mois se traduira par un gain de 19,5% (frais ajustés à 0,5%). Pour faire partie de l’indice Euronext Healthcare Equipment & Services EW, une entreprise doit appartenir au secteur « Health Care Equipment & Services », tel que défini par la classification sectorielle international ICB (Industry Classification Benchmark), et être cotée sur les marchés d’Euronext. Il y a actuellement 25 valeurs qui composent l’indice Euronext Healthcare Equipment & Services EW, toutes équipondérées.

Tradingsat : Quel est l’intérêt du certificat par rapport à l’achat d’actions en direct ?

Aurélien Réquillart : Détenir ce certificat permet d’accéder avec un seul produit à un portefeuille diversifié avec des frais limités. Les medtechs développent des technologies dans des domaines très pointus qu’il n’est pas toujours aisé d’appréhender. Cela peut constituer un frein à l’investissement. Leurs savoir-faire concernent des spécialités médicales très variées. Aussi, plutôt que de risquer de déséquilibrer son portefeuille en achetant une dizaine de « medtechs », il peut être préférable d’investir sur une vaste sélection via le Certificat 100% Santé.

Delphine Le Louët : Le Certificat 100% Santé offre en effet une grande diversité de sous-jacents avec des sociétés présentes dans les implants vertébraux, comme Medicrea, la radiographie avec EOS imaging ou l’endomicroscopie avec Mauna Kea Technologies, les implants rétiniens (Pixium Vision), les robots chirurgicaux avec Medtech, les stents (Stentys) etc. Le secteur de la medtech a pour particularité d’être très diversifié du fait d’une multitude d’applications médicales qui correspondent chacune à un cycle de produit particulier. Par exemple, le modèle économique d’une société spécialisée dans les produits cardiovasculaires sera sensiblement différent de celui d’un fabricant d’implants auditifs.

Tradingsat : Paris fait figure de capitale européenne pour les biotech, mais qu’en est-il pour les medtechs ?

Delphine Le Louët : Paris est le carrefour incontournable pour toutes les petites sociétés du secteur de la santé, qu’il s’agisse de biotech ou de medtech. Les levées de fonds dans ce domaine se font en majorité à Paris, plutôt qu’à Londres ou à Zurich par exemple.

Aurélien Réquillart : Sur les 25 valeurs du Certificat 100% Santé, 20 valeurs sont françaises.

Tradingsat : « Biotechs » et « medtechs » se confondent parfois dans l’esprit des investisseurs.

Delphine Le Louët : Il s’agit dans les deux cas de sociétés innovantes du secteur de la santé. Elles sont donc souvent mises « dans le même sac ». D’une façon générale, la medtech est beaucoup plus compréhensible pour les gens. Une prothèse de hanche, un implant dentaire ou auditif va leur parler davantage que l’interprétation des résultats d’une étude clinique sur une molécule dans le traitement d’une maladie particulière au nom compliqué.

Tradingsat : Les biotechs sont souvent considérées comme un investissement risqué, voir spéculatif. Par comparaison, que peut-on dire du profil de risque des medtechs ?

Delphine Le Louët : Les deux n’ont rien à voir. Une biotech mise sur le développement d’un ou plusieurs médicaments pendant des années dans le but d’atteindre le marché, avec toujours le risque d’un refus des autorités de santé, à cause d’une efficacité insuffisante et/ou d’effets secondaires inattendus à chaque étape du développement clinique. Une société « medtech » détient une technologie médicale déjà brevetée et commercialisée pour la plus grande majorité d’entre elles ou en phase de l’être. Donc le principal enjeu d’une medtech n’est pas d’ordre clinique ou réglementaire mais plutôt marketing et commercial. Elle sera jugée sur sa capacité à pénétrer un marché dans un pays donné, à convaincre les leaders d’opinion sur la nécessité d’adopter un nouveau produit. Mettre au point une innovation extraordinaire ne suffit pas, il faut absolument que le produit soit adopté par les médecins, qu’il entre progressivement dans la pratique médicale. Cela suppose aussi qu’il soit reconnu par les organismes de remboursement.

Tradingsat : A quoi doit-on faire attention lorsqu’on achète des actions d’une « medtech » ?

Delphine Le Louët : On mise sur un cycle de produit plus court que lorsqu’on est investisseurs de biotechs. Si en principe, une société de technologie médicale génère déjà des ventes significatives, il faut faire attention au développement du chiffre d’affaires et à la rapidité d’atteinte du point mort.

Tradingsat : Comment un investisseur doit-il appréhender les évolutions technologiques dans la santé ?

Delphine Le Louët : Le secteur a été marqué par les succès extraordinaires de géants américains comme Medtronic ou Intuitive Surgical dans les années 90, avec l’avènement de nouveaux dispositifs médicaux dans le domaine cardiovasculaire et l’arrivée de robots médicaux. Nous sommes passés aujourd’hui à une nouvelle étape. Quel que ce soit le domaine thérapeutique, l’objectif consiste à apporter une vraie différenciation par rapport à un implant traditionnel. Cela s’inscrit dans la tendance vers une médecine de plus en plus personnalisée, c’est-à-dire que l’on va rechercher une innovation qui se rapproche du besoin le plus spécifique d’une catégorie particulière de patients. En matière de prothèses, les améliorations vont porter en grande partie sur la miniaturisation, l’augmentation de l’autonomie des patients, avec des équipements de plus en plus connectés.

Par rapport aux biotechs, les cycles d’amélioration des produits medtech sont relativement courts. L’innovation est donc nécessaire pour conserver de bons prix de remboursement. Pour donner un exemple, les premiers stents aortiques [prothèse en forme de tube placée dans un vaisseau malade, ndlr] des années 90 étaient complètement rigides. Les stents souples sont apparus dans les années 2000, et nous en sommes aujourd’hui à des stents dits « à élution médicamenteuse », qui diffusent un médicament et résorbables.

Tradingsat : La medtech préfigure-t-elle « l’homme bionique » ?

Delphine Le Louët : Nous y allons progressivement. L’évolution se fait toujours en partant du traitement de cas particulier vers des applications de plus en plus pratiques et généralistes sur des pathologies qui touchent un plus grand nombre de malades. Les premières prothèses de hanche étaient destinées aux cas les plus extrêmes. Elles sont aujourd’hui beaucoup plus sophistiquées ce qui permet d’implanter des gens beaucoup plus jeune. Pixium Vision propose de redonner la vue aux personnes atteintes de rétinopathie pigmentaire, soit 10 à 15% des aveugles. Demain, ce sera la dégénérescence maculaire et beaucoup plus de gens seront concernés…

Je donne mon avis

TÉLÉCHARGEZ GRATUITEMENT L’APPLI
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez nos CGU et l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale, la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux ainsi que des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies...