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Etienne Pourny : "monétiser la dette est la seule porte de sortie"

(Tradingsat.com) - La détermination politique de l'Europe à résoudre la crise semble depuis peu bénéficier d'un surcroît de crédibilité sur les marchés, qui viennent d'effacer leurs pertes de septembre. Etienne Pourny, Président de Stelphia Asset Management, nous apporte son éclairage, expliquant l'importance de l'extension des prérogatives du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) dans l'évolution vers une Europe plus fédérale.

Tradingsat.com : La Slovaquie vient d'approuver le renforcement du FESF après un 1er refus qui n'avait pas fait douter les investisseurs.

Etienne Pourny : Il y avait une confiance grandissante dans le fait qu'il sera adopté avant le sommet de l'Union européenne du 23 octobre. La chancelière allemande, Angela Merkel, s'était déclarée certaine de la ratification par tous les pays membres d'ici là. A juste titre.

Tradingsat.com : Le marché parisien recule aujourd'hui après avoir repris plus de 13% en six hausses consécutives. Les problèmes n'ont pourtant pas disparu.

Etienne Pourny : Sans vraies nouvelles positives, mais avec des déclarations politiques d'intention, les marchés actions ont rebondi, le taux du bund allemand poursuit sa remontée depuis ses plus bas historique à moins de 1,70% touchés au plus fort des craintes d'effondrement du système financier en septembre. La réaction des investisseurs laisse à penser que les excès à la baisse ont été considérables ; le débouclage des importantes positions vendeuses accumulées a entretenu le rebond du marché. La crise de la dette des Etats, qui a débuté au printemps de l'année dernière, arrive aujourd'hui à un tournant.

Tradingsat.com : L'engagement pris par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel de trouver des solutions d'ici début novembre a semble-t-il convaincu.

Etienne Pourny : Pris dans leur ensemble, les problèmes de dettes de la zone euro ne sont pas pires qu'ailleurs, notamment par rapport aux Etats-Unis. Ce dont a souffert la zone Euro, c'est de son hétérogénéité. Or l'Europe semble maintenant sur la voie d'un plan global et coordonné, dont le FESF sera la clé de voûte. L'Allemagne a visiblement compris qu'il n'y avait pas d'autre choix que d'organiser la solidarité, première étape vers un plus grand fédéralisme. La zone Euro est aujourd'hui confrontée aux mêmes problèmes rencontrés par les Etats-Unis il y a un peu plus de deux siècles. La création de l'Etat fédéral américain les a résolus.

Tradingsat.com : Par quoi cette plus grande cohésion européenne va-t-elle se traduire sur le marché de la dette ?

Etienne Pourny : L'idée est de réduire les spreads [écart de taux, ndlr] entre les emprunts des pays les mieux notés, en particulier l'Allemagne, et des pays plus fragiles comme l'Espagne ou l'Italie. Il faut pour cela un seul émetteur. C'est le fameux débat sur les eurobonds, qui finiront pas voir le jour, après des étapes intermédiaires. Les amendements du 21 juillet sur le renforcement du FESF vont permettre une première mise en commun des risques. Les étapes suivantes iront vers une mutualisation graduelle de plus en plus forte pour aboutir à un émetteur unique. Ce qui prendra nécessairement du temps.

Tradingsat.com : Mais n'est-il pas vain de vouloir à tout prix sauver la Grèce, que beaucoup considèrent aujourd'hui en faillite ?

Etienne Pourny : Je ne pense pas qu'il faille voir les choses comme cela. Les Etats-Unis, l'Europe n'ont pas le potentiel de croissance qu'ils avaient il y a 20 ans. Il faut accepter l'idée que l'ont connaîtra désormais des taux de croissances modestes, de l'ordre de 1,5% en zone Euro, et de 2% à 2,5% aux Etats-Unis, ce qui rend le remboursement de la dette plus difficile.

La Grande-Bretagne affichait un ratio d'endettement de 250% au sortir de la deuxième guerre mondiale. Après 50 ans marqués en moyenne par une inflation de 6% et une croissance de 2%, ce taux a été ramené à 40%.

Il faut donc accepter l'idée de monétiser la dette, comme le fait la Réserve fédérale américaine, la Banque d'Angleterre… mais beaucoup moins la BCE. Monétiser la dette de façon à parvenir à des taux d'inflation plus élevés est un moyen d'augmenter la croissance nominale face à une croissance réelle limitée. C'est l'unique moyen de résorber graduellement l'excès de dette, la seule porte de sortie.

Propos recueillis par François Berthon

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