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Jean-Laurent Bruel : "Les biotechs aux plus forts potentiels ne sont pas les plus en vue"

(Tradingsat.com) - Dans un secteur des biotechnologies devenu pléthorique à Paris, où plusieurs capitalisations boursières frôlent ou dépassent désormais le milliard d’euros, le choix des valeurs ou « stock picking » a plus que jamais son importance. Gérant du seul fonds éligible au PEA et PEA-PME spécialisé sur les biotechs européennes (Gestys Santé Biotech FR0007057625), Jean-Laurent Bruel n’hésite pas à aller chercher de la performance hors des sentiers battus…

Tradingsat.com : Les introductions en bourse de sociétés biotechs se poursuivent, certaines ont-elles retenu votre attention ?

Jean-Laurent Bruel : J’ai participé à l’IPO de Sensorion en avril dernier. Le dossier s’est bouclé difficilement, "personne" n’en voulait. Aujourd’hui, la capitalisation boursière a doublé, et même triplé à un moment donné. La société développe des traitements contre les pathologies de l’oreille interne associées à des vertiges, acouphènes ou pertes auditives. Il y a un vrai besoin médical non satisfait. Le profil de la société est assez « dérisqué » dans la mesure où ses médicaments candidats sont des molécules déjà connues sur lesquelles Sensorion utilise sa plateforme de recherche et développement. Et le potentiel est là, les marchés visés représentent des milliards…

Tradingsat.com : Pour la plupart, les biotechs les plus connues ne figurent pas dans votre portefeuille.

Jean-Laurent Bruel : Des dossiers comme Cellectis, DBV Technologies, Adocia, Genfit, ou encore la biotech néerlandaise Galapagos, sont aujourd’hui sous les projecteurs. La présence d’investisseurs institutionnels américains à leur capital, les importants volumes d’échanges sur ces valeurs en font des « must » (have). J’ai repris récemment un peu d’Adocia, parce que la forte hausse qui avait suivi l’accord avec Eli Lilly a été digérée. Mais je n’ai plus de Genfit : j’étais revenu vers 30 euros au moment de la publication des résultats cliniques de phase IIb sur leur produit phare, et je suis ressorti autour de 40 euros. Pour l’essentiel de ces dossiers, ils ont fait partie de nos choix très tôt et nous les avons accompagnés dans leur essor boursier.

Tradingsat.com : Estimez-vous que ces valeurs, ces sociétés, n’ont plus de potentiel ?

Jean-Laurent Bruel : Elles proposent de réelles avancées mais qui se valorisent déjà un certain prix. Par exemple, le potentiel d’application de la technologie de Cellectis paraît immense. Ses cellules dites « CAR T » vont permettre de cibler des antigènes présents sur les cellules caractéristiques de différents types de cancer. C’est l’une des approches anti-cancer les plus prometteuses. Cependant, sa capitalisation boursière de 1,3 milliard d’euros est déjà proche du montant 1,5 milliard d’euros évoqué par la rumeur d’une éventuelle OPA de Pfizer. D’autre part, le programme de Cellectis dans les cellules « CAR T » n’est pas encore au stade clinique de phase I… Pour autant, il est vrai que les concurrents américains de Cellectis, Kite Pharma et Juno Therapeutics sont valorisés encore plus cher, à 2,5 et 5,6 milliards de dollars.

Tradingsat.com : Et pour Genfit ?

Jean-Laurent Bruel : Je suis un peu embêté en raison d’une valorisation « entre deux eaux ». Je crois au potentiel de leur traitement de la stéatose hépatique non alcoolique, mais si vous regardez les exigences de l’autorité de santé américaine, la FDA, concernant le design de l’étude de phase III d’Intercept Pharmaceuticals - concurrent principal de Genfit dans le traitement de cette pathologie - vous constatez qu’elles vont au-delà de ce qu’Intercept avait anticipé. L’étude va s’avérer très coûteuse, avec le recrutement prévu de 2500 patients. Pour sa propre phase III, il est probable que Genfit devra conclure un partenariat et/ou lever des capitaux importants de 100 à 200 millions d’euros, et il faut voir à quelles conditions.

Tradingsat.com : Quel est le profil type de la valeur biotech qui vous intéresse ?

Jean-Laurent Bruel : Les dossiers qui ne sont pas encore « à la mode », mais qui ont le potentiel pour le devenir grâce à : une technologie de rupture, de bons résultats d’études cliniques, un positionnement sur des pathologies vierges de traitement médical… Je vais donc préférer des sociétés de plus faibles capitalisations, qui dès l’instant où elles attireront l’attention, apparaîtront sous-valorisées. Cette évolution peut prendre plus ou moins de temps. Les premiers mois boursiers de Sensorion sont déjà impressionnants, mais Oncodesign par exemple, n’a rien fait pendant plus d’un an. Or son profil est très sécurisant pour une biotech, grâce aux revenus générés par l’activité d’évaluation préclinique des traitements anticancéreux. UCB, un important laboratoire belge, vient d’exercer son option sur la plate-forme technologique de la société, qui se trouve en quelque sorte validée. Or, le même type d’accord de partenariat lie Oncodesign à Sanofi et Ipsen

Tradingsat.com : Integragen est redevenu votre première position

Jean-Laurent Bruel : J’ai le sentiment que le cours est « capé » depuis plusieurs mois dans des volumes importants, pouvant traduire qu’un ou plusieurs investisseurs historiques sont en train de sortir du tour de table. Pour autant, Integragen vient de publier au congrès de l'American Society of Clinical Oncology [ASCO] des résultats positifs sur la corrélation entre le rôle de certains biomarqueurs et les effets des traitements chez les patients atteints d’un cancer du côlon métastatique. Autre valeur que j’apprécie, Quantum Genomics, dont on espère dans les prochaines semaines des résultats sur leur produit QGC101 dans la prévention de l’insuffisance cardiaque chez le chien. A côté d’Integragen, d’Oncodesign et de Quantum Genomics, qui sont de grandes convictions, je retiens également Cerenis Therapeutics qui développe une approche innovante de traitement des maladies cardiovasculaires en ciblant l’augmentation du taux sanguin de « bon cholestérol » HDL. Dans un tout autre domaine, j’attends beaucoup aussi de Theradiag qui développe des tests mesurant l’efficacité des biothérapies dans le traitement des maladies auto-immunes, du cancer et du VIH/SIDA. Je considère cette société comme un acteur incontournable du développement de la « médecine personnalisée ».

Tradingsat.com : Que font dans votre portefeuille NicOx et Transgene, des biotechs « historiques » qui n’ont finalement jamais transformé l’essai ?

Jean-Laurent Bruel : C’est quand plus personne n’en veut qu’une affaire peut devenir intéressante… Pour l’instant. Transgene ne se paye plus en bourse qu’autour de 200 millions d’euros, alors que la société est prête à déclencher deux études cliniques de phase III, l’une avec son produit Pexavec dans le cancer du foie, l’autre avec le TG4010 dans le cancer du poumon non à petites cellules. On a pu voir à l’ASCO que les données de phase II sur le TG4010 étaient intéressantes, notamment dans l’optique d’une association de la molécule avec d’autres médicaments. J’ai remis très récemment NicOx en portefeuille alors que je n’y touchais plus depuis des années. La demande d’autorisation de mise sur le marché aux Etats-Unis notamment de Vesneo, un traitement du glaucome et de l’hypertension oculaire, est prévue d’ici la fin du premier semestre par son partenaire Bausch + Lomb, qui appartient désormais au groupe canadien Valeant.

Tradingsat.com : Que pensez-vous d’Innate Pharma ?

Jean-Laurent Bruel : C’est une très belle affaire. Ils ont saisi l'opportunité de racheter l’an dernier à Novo Nordisk un anticorps, rebaptisé IPH2201, pour lequel ils ont signé il y a quelques semaines un énorme deal de 1,2 milliard d’euros avec AstraZeneca. Néanmoins, à 800 millions d’euros, la valorisation ne laisse pas de place à la déception. Les programmes de développement clinique en cours devront atteindre les objectifs. C’est un peu paradoxal, et très psychologique. L’investisseur a parfois le sentiment que les sociétés les plus connues sont « dérisquées », mais de fortes anticipations de résultats positifs peuvent conduire à d’importants retours de manivelle, comme on a pu le voir sur Genfit. Les attentes étaient telles sur les résultats de phase IIb de leur produit phare, le GFT 505, que leur publication, difficile à interpréter, mais pourtant pas négative, s’est traduite par une chute de 50% le jour même.

Tradingsat.com : Un actionnaire qui a investi sur Genfit au plus bas à 1,2 euro en 2011 a quand même vu son investissement multiplié par 30.

Jean-Laurent Bruel : C’est la preuve que les sociétés qui n’ont pas encore attiré l’attention sur elles, dotées d’une technologie prometteuse et qui s’adressent à des marchés importants, affichent des capitalisations inférieures à leur vraie valeur. Le travail de découverte en amont des futures « stars » de la cote est sans doute difficile, mais c’est à ce stade que la création de richesse est potentiellement la plus forte.

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