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Sébastien Korchia : "le marché n'est pas à l'abri d'un coup de stress"

(Tradingsat.com) - Entre espoir de sauvetage financier de la Grèce et crainte de défaut de paiement et de contagion aux autres pays périphériques de la zone euro, le marché d'actions parisien continue à osciller nerveusement. Avec en toile de fond la question de plus en plus urgente à régler du relèvement du plafond de la dette américaine… Sébastien Korchia, gérant chez Meeschaert du fonds MAM Entreprises Familiales et des fonds profilés « Dynamique », « Equilibre » et « Tempéré » nous livre son analyse de la situation.

Tradingsat.com : Avec un CAC autour de 3800 pts, le marché est-il à son prix compte tenu du contexte ?

Sébastien Korchia : Jusqu'au mois de mai environ, le marché a complètement ignoré la macroéconomie au profit de la microéconomie, partant de l'idée que l'actualité des entreprises était positive et que la macroéconomie ne devait pas poser de problème ; l'éventuelle aggravation de la situation pouvait en effet toujours conduire la Fed à lancer un nouveau plan d'assouplissement quantitatif« QE3 ». Mais avec la fin de la période des publications trimestrielles, le flux de nouvelles des sociétés s'est tari. Tandis que la microéconomie disparaissait des écrans – mis à part quelques opérations de fusions acquisitions – l'environnement macroéconomique s'est dégradé. Au même moment, la FED a fait savoir qu'il n'y aurait pas de troisième plan d'assouplissement monétaire… Le marché devient du coup beaucoup plus sensible à la situation économique, monétaire et budgétaire européenne, mais aussi américaine. Parce que si un défaut de paiement de la Grèce semble de plus en plus probable, techniquement, les Etats-Unis seront début août dans une situation tout aussi délicate.

Tradingsat.com : Qu'est ce qui est le plus inquiétant, la situation grecque ou celle des Etats-Unis ?

Sébastien Korchia : Le 2 août, les Etats-Unis auront atteint leur plafond de dette. L'inquiétude s'exprime pour le moment au sujet de la situation en Grèce, mais le marché risque de se repolariser progressivement sur la situation américaine au fur et à mesure que l'on va se rapprocher de cette échéance. Le bras de fer entre parlementaires démocrates et républicains sur le relèvement du plafond va se jouer avec, en toile de fond, les agences de notations, qui vont montrer qu'elles ne transigeront pas sur les critères permettant aux Etats-Unis de conserver leur triple A. L'actualité macroéconomique s'annonce donc assez dangereuse à court terme, d'autant qu'en Europe le risque d'extension de la crise au Portugal et à l'Espagne n'a pas disparu.

Tradingsat.com : Dans un tel contexte, que faut-il faire en Bourse ?

Sébastien Korchia : Il n'y a jamais rien à faire. Avoir des liquidités non investies à un instant « t » constitue déjà en soi un acte de gestion. A très court terme, nous entrons dans une période estivale avec beaucoup d'incertitudes, des volumes plus faibles que d'habitude qui exposent à une hausse de la volatilité. La situation va donc nécessiter une observation importante du marché. La prudence recommande de rester à l'écart en attendant de trouver le bon point d'équilibre. Les 3800 pts devraient seulement constituer une étape dans le processus de consolidation du marché. Même un investisseur de long terme a tout intérêt à entrer plus tard, y compris sur des niveaux de cours plus élevés, mais dans des conditions plus saines, plutôt que d'investir dès aujourd'hui avec un couple risque/rendement dégradé.

Tradingsat.com : Dans quelles dispositions psychologiques sont les investisseurs aujourd'hui ?

Sébastien Korchia : Jusqu'à présent, la baisse du marché n'a pas entraîné de hausse sensible des indicateurs de volatilité, le VIX américain et le V2X européen. La glissade du CAC de 4000 à 3800 points a donc constitué une simple« respiration », mais en rien un mouvement de panique. En clair, si pour l'instant le marché n'a pas véritablement peur, il n'a pas non plus forcément pris la mesure de tous les risques. La volatilité est un indicateur « de foule ». Elle évolue depuis plusieurs semaines à des niveaux très bas, comparables à ceux de mars 2010 ou de septembre 2008, et montre à présent des velléités de rebond. On n'est pas à l'abri d'une consolidation plus sérieuse du marché, d'un « coup de stress ».

Tradingsat.com : A défaut de tout vendre, que faut-il avoir en portefeuille dans une telle situation ?

Sébastien Korchia : Un marché passe rarement directement d'une phase de hausse à une phase de baisse, sans connaître entre-temps une phase de neutralité caractérisée par des oscillations latérales : ce que l'on observe actuellement. Deuxièmement, avant que la phase baissière ne s'engage véritablement, s'opère souvent une rotation thématique. Alors qu'elles étaient recherchées en début d'année, les bancaires et les cycliques – à l'image d'ArcelorMittal - sont aujourd'hui délaissées au profit de valeurs plus défensives dans les secteurs de la santé, notamment, comme les maisons de retraite, où des concessions, à l'image d'Eurotunnel. Ces thématiques à forte visibilité doivent être privilégiées. Elles permettront de « surperformer » le marché, en l'occurrence de perdre moins, de limiter le casse. Le raisonnement vaut surtout pour les professionnels ; un particulier qui n'a pas l'obligation d'être investi a tout intérêt à rester attentiste à court terme.

Tradingsat.com : Doit-on préférer les grosses capitalisations ou bien les small et mid caps ?

Sébastien Korchia : Cela fait plusieurs années que les petites et moyennes capitalisations enregistrent de meilleures performances en Bourse que les grandes. C'est encore le cas depuis le début 2011. Mais si d'aventure les marchés deviennent un peu stressés, les gérants peuvent avoir tendance à se replier sur les valeurs les plus liquides et les leaders. Je ne suis pas persuadé qu'à court terme, après plusieurs années fastes, une surperformance du CAC Small de 12% par rapport au CAC40 soit justifiée. Un nivellement des performances du marché parisien pourrait donc s'avérer particulièrement préjudiciable aux petites et moyennes capitalisations. C'est en vendant ce type de valeurs que j'ai reconstitué la poche de liquidités du fonds MAM Entreprises Familiales depuis deux mois.

Tradingsat.com : Vous gardez cependant une opinion positive sur beaucoup d'entre elles.

Sébastien Korchia : Je reste favorable à Guyenne & Gascogne, groupe de distribution régional, franchisé Carrefour, dont les fondamentaux sont solides et qui bénéficie d'une composante spéculative avec l'arrivée en 2012 à échéance de son pacte d'actionnaires. Auchan aurait déjà fait part de son intérêt. Parmi les valeurs très en retard, les équipementiers automobiles MGI Coutier et Montupet disposent d'un potentiel de rattrapage important par rapport Plastic Omnium ou Plastivaloire. Dans une approche un peu plus défensive, le prestataire d'assistance médicale à domicile LVL Médical me paraît peu risqué autour de 17 euros après son offre publique de rachat partiel à 20 euros. Et pour les amateurs de sensations, Groupe Partouche est une véritable recovery dans le secteur des casinos. C'est un titre que l'on peut jouer en visant un objectif à 4 euros. Enfin, comme joker parmi les petites valeurs un peu « techniques » et peu connues cotées sur Alternext, le modèle économique de Lets Gowex, qui développe une offre originale de Wifi gratuit pour les municipalités, me semble tout à fait digne d'intérêt.

Tradingsat.com : GECI Aviation reste la première positions du fonds MAM Entreprise Familiales.

Sébastien Korchia : Je suis toujours confiant. C'est un investissement qui s'envisage sur le long terme. On sait très bien qu'un avion est difficilement commercialisable avant sa certification, c'est valable pour tous les appareils. Les premières marques d'intérêt et dépôt d'options sont de ce fait très encourageantes.

Propos recueillis par François Berthon

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