Bourse > Actualités > Avis d'expert > Taux : Le ciel tombera t-il sur nos têtes ?

Taux : Le ciel tombera t-il sur nos têtes ?

Andréa BrignoneAndréa Brignone
Andréa Brignone

Associé Exact Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …Lire la suite

(Tradingsat.com) - Par Andrea Brignone

Depuis le mois de février 2013, les marchés s’interrogent : il aura ou il n’y aura pas de crack obligataire ? Le consensus des dénégations peut inquiéter. Il n’est jamais bon qu’il y ait consensus sur les marchés. Une note discordante existe cependant et elle est de taille : celle du Président de Goldman Sachs. Cela veut t’il dire que Goldman Sachs a pris des positions à la baisse sur le marché des taux et tente le coup d’une prévision auto réalisatrice ou est-ce une estimation d’un scenario probable ? Mystère. Mystère qui nous porte à nous interroger.

Ecartons les boules de cristal et essayons plutôt de faire une analyse sur ce qui pourrait conduire à une remonte des taux. En réalité un krach ne peut se produire que si les taux remontent brutalement comme en 1994. Une remontée lente des taux serait normale compte tenu de la faiblesse que nous leur connaissons actuellement. Une remontée brutale causerait un krach sur le marché obligataire. En effet la valeur des obligations tant corporate que emprunts d’Etat et souverains (la différence entre les deux termes, qui tend à s’estomper sous l’anglicisation de la finance, était que l’on qualifiait d’emprunt d’Etat les emprunts nationaux et de souverains les emprunts des Etats étrangers) varie de façon inverse à la variation des taux d’intérêt. C’est simple si avec 100 € d’investissement vous obtenez 2 € parce que le taux d’intérêt est à 2 % et que l’on passe à 4% il ne faudra que 50 € d’investissement pour obtenir toujours les 2€ de rendement. Ainsi dans notre cas une hausse de 100% du taux d’intérêt entrainerait théoriquement une baisse de 50 % de la valeur de l’obligation. Je dis théoriquement car cette relation n’est pas linéaire et que d’autres éléments interviennent : la sensibilité de la variation du prix de l’obligation en fonction du taux d’intérêt dépend de la convexité de l’obligation et de sa durée de vie moyenne pondérée (duration) notions sur lesquelles nous ne nous appesantiront pas.

Actuellement, les banques centrales (BCE comprise compte tenu des artifices utilisés) rachètent ou prennent en pension les obligations en émettant de la monnaie. Les marchés ont une inquiétude de fond. C’est que les banques centrales et en particulier la FED arrêtent leur fameux QE (Quantitative Easing) c'est-à-dire le rachat de dettes en créant de la monnaie. A titre d’exemple la FED rachète pour environ 85 Milliards de dollars par mois. Pourquoi les banques centrales seraient susceptibles d’arrêter ? En principe lorsqu’ un risque d’inflation pointe à l’horizon. Par exemple la BCE a pour objectif de maintenir l’inflation dans la zone euro au dessous de 2%. Ce qui protège cette zone euro de l’inflation est le fait qu’une grande partie des produits manufacturés que nous consommons proviennent de Chine. Pays qui par sa politique du Yuan faible permet l’exportation de marchandises à bas prix. A vous de juger à partir de cela les grands intellectuels qui prônent une politique de fermeture des frontières. Le pouvoir d’achat en prendrait un sacré coup et les taux d’intérêt risqueraient de remonter fortement.

A ce propos, dites vous qu’une hausse de 1% des taux d’intérêt coûterait à l’Etat français (et donc à vous) environ 18 Milliards de plus par an (à rapprocher avec l’ISF qui rapporte environ 4,2 Milliards par ou 320 Millions pour la nouvelle tranche à 45%). Vous aurez ainsi une idée de ce que nous coûte le fait de ne pas réduire les dépenses publiques. Idée que défendent un certain nombre d’autres intellectuels de grand niveau. Il est vrai que ceux-là vivent de la dépense publique.

Notons par ailleurs que, du fait en particulier de la charge de notre dette le rendement de l’impôt sur le revenu passera de 59 Milliards en 2012 à 72,6 Milliards en 2013 soit environ 30 % d’augmentation, dont une grosse partie proviendra de l’alourdissement de la taxation sur le capital diminuant ainsi le pouvoir d’achat et les possibilités d’investissement et donc de création de postes de travail en France dans les années qui viennent. Les prélèvements atteignant ainsi un niveau d’euthanasie de l’économie, il restera à emprunter encore plus et plus on empruntera et plus on fera monter les taux. Pour l’Etat français les taux bas sont indispensables. En effet comme nous venons de le voir le principal bénéficiaire dans notre pays des taux bas est l’Etat français. Le faible écart (spread) de nos taux avec les taux allemands est permis par les marchés financiers parce qu’ils sont convaincus que le gouvernement français trouvera toujours un moyen pour faire payer le contribuable. Cela est vrai à quelques restrictions prés. De très importants flux de capitaux ont quittés et quittent la France (on ne peut impunément financer un déficit commercial de 70 Milliards). La croissance nulle ou inférieure à zéro ne libère plus suffisamment de ressources fiscales et taxer plus entraînerait un effondrement de l’économie française. D’où une probable poursuite de l’endettement. Sauf à prendre des mesures de réductions des dépenses auxquelles nous ne croyons pas car pour se mettre au niveau moyen de l’Europe, il faudrait réduire la dépense publique de 10 points de PIB soit 200 Milliards.

Ainsi le moindre ralentissement des QE aurait des conséquences très lourdes sur notre économie. Mais pas seulement. Une hausse des taux de refinancent comme par exemple le fameux Refi de la BCE peuvent avoir le même résultat. N’oublions pas que ce qui a provoqué le crack obligataire de 1994 était une petite hausse 0,25 %.

Seulement cette petite hausse était un signal que la FED en avait terminé avec la baisse des taux et que l’on faisait désormais marche arrière. C’est ce qui peut expliquer que les marchés respirent quand l’indicateur de chômage aux Etats Unis ne montre pas une forte création d’emploi : une reprise forte de la croissance pourrait signifier une hausse de l’inflation et donc la fin des QE.

Quelles conséquences pour votre patrimoine ?

Nous avons brièvement examiné ce qui pourrait se passer en cas de hausse des taux d’intérêt au niveau macroéconomique. Il est maintenant important de voir ce que cela pourrait signifier pour votre patrimoine.

Si des taux d’intérêts bas sont favorables à l’Etat, aux banques et à certaines entreprises, c’est tout le contraire en ce qui concerne les détenteurs d’obligations : l’inflation ressentie et correspondant aux biens et services que l’on achète est supérieure à l’inflation mesurée par les indices.

Alors que faire dans la perspective d’une remontée possible des taux ? Si vous détenez des obligations directement ou par fonds ou Sicav interposés : il est prudent de commencer à vendre et de ne replacer les fonds que sur des emplois garantis. Si la rentabilité réelle est nulle ou même légèrement négative, cela permet d’attendre une hausse des taux et d’investir à ce moment là. Les français ne s’y sont pas trompés en bourrant massivement leur livret A. Si vous êtes plus dynamique investissez sélectivement dans les actions.

Si vous détenez des obligations via votre assurance-vie (et c’est le cas par exemple si vous êtes investi en fonds euros), ne vous inquiétez pas trop. Les fonds sont investis à long terme, ce qui veut dire que les titres supports n’ont pas été achetés au moment où ils valaient plus chers. Un krach n’aura qu’un effet temporaire. Si vous devez souscrire un contrat d’assurance vie préférez des contrats anciens. Un premier test consiste à vérifier si le contrat d’assurance vie que vous allez souscrire a une rentabilité supérieure aux taux actuel d’emprunt d’Etat français à trente ans .Utilisez l’indice Tec 30 (que vous trouverez sur le site de la Banque de France) qui donne actuellement 3,15%. Le seul problème qu’il puisse y avoir serait celui d’une difficulté momentanée de retirer des fonds si vous avez besoin de liquidités immédiatement.

Conclusion :

Il est impossible de dire s’il va y avoir un krach obligataire ou non. Disons que beaucoup d’éléments sont réunis pour penser qu’un placement obligataire devient hasardeux. Les experts ont fait leur la devise de je ne sais plus quel homme politique à propos de l’élection présidentielle « n’en parler, jamais, y penser tout le temps ». Trop de gents tiennent des propos rassurants pour ne pas être vigilant.

Je donne mon avis

TÉLÉCHARGEZ GRATUITEMENT L’APPLI
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez nos CGU et l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale, la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux ainsi que des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies...