Bourse > Actualités > Avis d'expert > Andréa Brignone : Que nous disent les marchés ?

Andréa Brignone : Que nous disent les marchés ?

Andréa BrignoneAndréa Brignone
Andréa Brignone

Associé Exact Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …Lire la suite

(Tradingsat.com) - Les convulsions que nous connaissons actuellement sur les marchés ont une signification qui semble échapper aux hommes politiques ou qui font semblant de l'ignorer. La signification est claire : dans le monde occidental, les Etats vivent au dessus de leurs moyens et sont en train de tuer durablement toute croissance. Plus l'Etat dépense, et plus il obère l'avenir. Les marchés nous disent encore : continuez comme cela et nous irons investir ailleurs! Contrairement à ce que pensent les «Keynésiens», la dépense publique n'engendre la croissance que si elle incite les capitaux privés à l'investissement. Dans le cas du financement du fonctionnement de l'Etat, elle est stérile et même contreproductive. Certes, si on dépense de l'argent public à très court terme, on peut avoir une petite reprise, mais cet argent devra être remboursé dans le futur sous une forme ou sur une autre et donc être prélevé sur la richesse nationale. Ce raisonnement ne semble pas être compris par le public, tout particulièrement en France. Essayons de l'étayer. Pour cela un petit regard sur l'histoire n'est pas inutile. A l'origine du besoin d'Etat, paysans et commerçants sentaient la nécessité d'une relative tranquillité pour pouvoir faire leur travail. Ils acceptèrent donc de déléguer à une puissance publique, le maintien de leur tranquillité. Pour cela ils acceptèrent de céder une partie de leur surplus de revenus pour entretenir cette puissance publique. Cette puissance publique devait défendre les intérêts de ceux qui la payaient. Cette idée reste vive dans une partie de l'opinion publique américaine (par exemple Howard Shultz, président de Starbucks a envoyé une lettre aux chefs d'entreprise américain pour leur demander de ne plus soutenir financièrement les hommes politiques qui jouent leur propre jeu au lieu de s'occuper du bien public) et commence à trouver un écho ailleurs. En réalité, les hommes de la puissance publique ont commencé à défendre leur carrière et ont donc donné dans le clientélisme : on dépense de l'argent public pour assurer sa réélection que ce soit en faveur de lobbies ou en faveur d'une classe d'électeurs (voir à ce propos les études de BUCHANAN prix Nobel d'économie). Le résultat en est que l'Etat a eu de plus en plus besoin d'argent. Ce besoin dépasse le surplus disponible et détourne la richesse nationale de l'activité productive. En économie financière on appelle cela le déficit primaire, c'est à dire l'excèdent des dépenses de fonctionnement de l'Etat sur ses recettes. Bien sûr il est facile de réduire ce déficit primaire en alourdissant les prélèvements. Ce que l'on a fait en Occident, aboutissant à tuer la croissance et à faire disparaître le surplus. C'est ce que l'on s'apprête à faire une fois de plus en France, au lieu de réduire les dépenses de l'Etat dans des proportions importantes. En France le solde public est négatif depuis 1975 et se montait en 2010 à 136.5 Milliards après être passé par un pic de 142.5 Milliards en 2009.

Faute de prendre des mesures de restrictions des dépenses à temps on risque de se retrouver dans la situation de la Grèce et de provoquer une très forte instabilité sociale. Nous avons besoin d'avoir des Etats «low cost» si nous voulons voir repartir la croissance.

Les solutions existent: retrait de l'Etat de l'activité économique en vendant les participations de l'Etat, dont la justification n'est souvent que dans le pantouflage d'hommes politiques ou la peur de mouvements syndicaux, réductions du nombre des agences publiques et autres organisations faisant double emploi. A t'on besoin de la Halde, alors que l'appareil judiciaire est là pour cela ? A t'on besoin d'un Conseil Economique et Social alors qu'il existe déjà deux assemblées ? D'autre part toutes les commissions et conseils divers devraient être des fonctions non rémunérées, Après tout cela est un honneur de travailler pour le bien public ! Ajoutons à cela, toutes les subventions accordées généreusement (Voir http://observatoiredessubventions.com ) et vous serez édifiés sur l'utilisation de votre argent.

Finalement les sommes astronomiques dépensées pour la santé, sous la pression des lobbies et associations de santé, alors qu'il est impossible de trouver un médecin à la campagne vous font douter du bon emploi des fonds publics !

Alors que nous disent les marchés ? Ils nous disent : l'argent public n'est pas employé pour la croissance, il est destructeur de croissance. Ils nous disent : le citoyen voit son revenu disponible rogné année après année par les dépenses de l'Etat. Ils nous disent que l'Etat Roi est une aberration, qui a fait couler en son temps l'empire romain et l'empire soviétique et que les dindons de la farce sont les citoyens. Ils nous disent : il faut privatiser (dans tous les sens du terme) de nombreuses fonctions du système central, faute de quoi le réveil sera douloureux. Le grand physicien Prigogine dans «La fin des certitudes» cite un rapport aux Communautés européennes de Briebacher, Nicolis et Schuster: «Le maintien de l'organisation dans la nature n'est pas et ne peut être réalisé par une gestion centralisée, l'ordre ne peut être maintenu que par une auto-organisation. Les systèmes auto-organisateurs permettent l'adaptation aux circonstances environnementales ...»

Quel est l'homme politique qui comprendra que sa principale tâche sera de restreindre les organismes publics à aux fonctions pour lesquels les citoyens payent et à se mêler le moins possible d'économie. La meilleure gouvernance n'est pas celle de quelques personnes réunies autour d'une table mais des décisions micro-économiques des citoyens qui disposent de plus d'un instrument unique de nos jours : Internet. Remodeler l'organisation de l'Etat autour de cet instrument est devenu une nécessité. Et que l'on nous dise pas qu'il s'agit d'un instrument comme un autre : les récentes révolutions des pays arabes montrant son importance.

La macro économie n'est qu'un appareil de constatation et non de décision. Ceux qui nous font croire le contraire ne sont que ceux qui y ont intérêt. Décréter un taux de change ou un taux d'intérêt entraîne souvent des distorsions graves. Décréter des mesures et faire des annonces pour calmer les foules n'entraînent que des dégâts. L'homme politique doit fluidifier l'économie et non essayer de la contraindre.

Les services de l'Etat sont des services comme les autres : les citoyens qui payent doivent en retirer leur juste satisfaction. Le temps des monarchies où un pays appartenait à son souverain est fini. La classe politique et les administrations sont au service du citoyen et non du sacro saint «Service Public». Le français travaille plus de la moitié de son temps pour nourrir la chose publique. Il en retire bien sûr des avantages, mais à quel prix !

En guise de conclusion, je citerai ces mots de Milton Friedman dans Capitalisme et Liberté : «Pour l'homme libre, la nation ne se propose aucun but propre, sinon celui qui résulte de l'addition des buts que les citoyens, chacun de leur coté, cherchent à atteindre; et il ne reconnaît d'autre dessein national que la somme des desseins individuels.» Le problème est de savoir si nous voulons être des hommes libres !

Andréa Brignone

Je donne mon avis

TÉLÉCHARGEZ GRATUITEMENT L’APPLI
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez nos CGU et l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale, la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux ainsi que des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies...