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Andréa Brignone : Les secrets cachés du pib et la perte du triple a

Andréa Brignone
Andréa Brignone

Associé Exact Andréa Brignone, associé Expérience et Action et auteur du Tao de la Bourse et du Trading, est économiste, chargé d’enseignement à Paris II Panthéon Assas. Auteur de l’encyclopédie de l’économie de Larousse, il est également expert auprès de la Commission Européenne. Conférencier …Lire la suite

(Tradingsat.com) - Bon ! Nous avons perdu notre triple A. Les acteurs de notre théâtre politique s'en indignent et se lancent des anathèmes. Mais la question que l'on peut se poser est la suivante : ces acteurs de tous bords avaient-ils lu le scénario ou faisaient-ils semblant de l'ignorer car cela ne les arrangeaient ni les uns ni les autres ?

Si je m'attarde sur cette péripétie économique c'est qu'elle cache une réalité que l'on à intérêt à connaître pour l'avenir, pour nos choix patrimoniaux et pour nos choix de carrière.

Comme le disait le regretté président Reagan, dans son discours d'investiture en 1981 (Cette même année les Etats-Unis feront des choix économiques qui les conduiront à une croissance importante tandis que nous allions faire des choix qui nous conduirons à trois dévaluations, à un déficit galopant et à une expansion molle dont nous ne sommes toujours pas sortis) : «L'Etat n'est pas la solution a notre problème, parce que l'Etat est le problème»

Plus que jamais cette déclaration est vraie. Mais ne nous contentons pas de phrases prenons des chiffres issus de Eurostat et faisons les calculs nécessaires : http://appsso.eurostat.ec.europa.eu/nui/show.do?dataset=gov_a_main&lang=fr Et http://appsso.eurostat.ec.europa.eu/nui/show.do?dataset=nama_gdp_k&lang=fr

Si nous regardons notre pays, il suffit d'analyser les chiffres fournis par Eurostat pour constater qu'entre 2004 et 2010 le PIB marchand ne s'est accru que de 9.42 % alors que le PIB non marchand, en l'occurrence les dépenses des administrations (le PIB non marchand est évalué au coût de la dépense alors que le PIB marchand est évalué aux prix du marché) ont augmentées de 25.03 % (soit trois fois plus que le PIB marchand). Quand on sait d'autre part que ce PIB non marchand représente 56 % de notre PIB, on comprend les raisons de nos difficultés et du niveau de chômage. (Au Luxembourg par exemple pendant les mêmes périodes PIB marchand et non marchand ont évolués exactement au même rythme : 14% et la dépense publique ne représente que 42.5 % et le PIB par habitant est l'un des plus élevé du monde).

Ce qui veut dire qu'en terme de PIB une grande part de son augmentation est obtenue par la production des administrations. Mais c'est une estimation de croissance trompeuse. Comme le chiffre du PIB non marchand ne représente pas des produits que l'on peut commercialiser, en particulier à l'étranger , il est ainsi aisé de comprendre pourquoi notre balance commerciale accuse un trou de 75 milliards d'Euros et que nous soyons le pays où les prélèvements sont les plus élevés du monde. Comme d'autre part leur coût ne se font pas au prix du marché mais probablement très au-delà, nous ne produisons pas de la richesse, mais nous consommons cette richesse. Encore autrement dit, nous détournons nos ressources en hommes et en capitaux pour fournir des services dont nous ne connaissons pas la valeur réelle, et qui ont toutes les chances d'être produits à un coût plus élevé que si un certain nombre d'entre eux étaient fournis par le marché. Je ne parle pas des services hors marchés, comme la justice, la police et la défense c'est à dire les activités régaliennes de l'Etat qui ne peuvent être fourni que par lui (et encore dans ce domaine on peut en mesurer l'efficacité).

Mais continuons l'analyse. Regardons l'emploi en France :

La population active avoisine les 26 millions de personnes. -Environ 6, 5 millions travaillent dans le secteur public sans compter les emplois aidés (400 000 dans le secteur public et associatifs) et les intérimaires (de l'ordre de 250000 personnes selon les estimations). Ajoutons des agences à statut public mais dont les salariés n'ont pas le statut de fonctionnaire et l'on estime l'ensemble des salariés de la fonction publique entre 8 et 9 millions.

-Ajoutons 4 millions de chômeurs et 2 millions de sans droits, non déclarés fin de droits, RSA etc. Le total nous donne environ 16 millions; Le secteur marchand ne représenterait que 10 millions de personnes pour nourrir 65 millions de personnes. Ceci corrobore bien les chiffres de la statistique du PIB d' Eurostat.

Finalement ajoutons les résultats de l'étude de Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg (http://ces.univ-paris1.fr/membre/azyl/pdf/Emploi%20public%202002.pdf) ayant pour titre «L'emploi public : un remède au chômage?» qui montrait que la création d'un emploi public détruisait 1.5 emploi dans le privé et on aura un tableau complet des causes de l'atonie de notre croissance et des déficits de l'Etat et de la balance commerciale.

CONCLUSIONS

1- la perte de notre triple A était écrite dans les faits depuis pas mal de temps.

2- La faute en revient aux hommes politiques. Mais leur plus grande faute a été de détourner les ressources de la nation de l'activité marchande vers les activités non marchandes aboutissant à un grippage de la croissance (c'est le secteur marchand qui nourrit le secteur non marchand). Pour assurer la paix sociale ils ont coulé l'économie. La mondialisation et la crise financière n'y sont pour rien, mais les Etats sont pour quelque chose dans la crise financière : il n'y aurait pas eu de crises des subprime sans l'initiative du gouvernement américain de vouloir distribuer du pouvoir d'achat à des insolvables plutôt que de bloquer les déficits.

3- L'augmentation sournoise et moins sournoise des impôts ne fera qu'augmenter le mal en diminuant le pouvoir d'achat. Il faudrait au contraire baisser les impôts et diminuer massivement les dépenses de l'Etat. De l'ordre de 140 milliards par an. La TVA sociale ne servira à rien, compte tenu de son faible impact. C'est le «besoin» de prélèvement global qu'il faut réduire et non déshabiller Paul pour habiller Pierre. C'est à dire qu'il faudrait une réforme complète des missions de l'Etat et de son fonctionnement ce qui entraînerait ce que nous avons appeler par ailleurs «Un Etat Low Cost.».

4- Mais tout ceci ne relancera pas l'économie sans une véritable mobilisation psychologique relaçant le goût du risque de la responsabilisation dans notre pays et de l'ouverture au monde (au lieu du stupide repli sur soi prôné par certains partis). Il faut transformer un pays d'assistés en entrepreneurs, commerçants et innovateurs. Cela commence par les manuels d'économie des lycées dont le verbiage et les phantasmes marxistes d'un autre âge, sont responsables de la démobilisation de nombreux jeunes.

5- Où alors ne nous plaignons pas, les emplois disparaîtront petit à petit. La mollesse et l'attitude veaux à l'abattoir n'a jamais permis de se redresser lors des moments difficile. Malgré cela, restons optimistes : François 1er disait que la France était comme une balle : plus bas elle descendait, plus haut elle rebondirait. Le problème est de savoir quand on atteindra le support.

6- Bonne année 2012, elle sera sûrement intéressante !

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