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Xavier Gandrille : Les marchés transitoirement malades de la politique

Xavier GandrilleXavier Gandrille
Xavier Gandrille

Stratégiste économiste Stratégiste et économiste indépendant, Xavier Gandrille est un adepte de l’approche dite « top down » qui part de l’élaboration d’un scénario macroéconomique pour mettre en place une stratégie d'investissement. L’évaluation du contexte économique général – évolution de la …Lire la suite

(Tradingsat.com) - Le mois dernier, nous évoquions des erreurs de politique économique que nous ne pouvions pas anticiper. Un exemple nous a été fourni avec le traitement de l'affaire chypriote. Voilà un pays que la zone euro a accepté en son sein pour des raisons strictement politiques (les mêmes qui ont présidé à la création de cette monnaie) et dont le traitement qui lui est réservé déroge des règles jusque-là communément établies : un euro à Chypre n'a pas la même valeur qu'un euro en France puisque, d’une part, le premier est grevé d'un risque de forte taxation en cas de dépôt dans une banque et que, d’autre part, il ne peut pas circuler librement. Qui plus est, Bâle III, que l'Europe souhaite promouvoir, encourage les banques à se financer davantage sur les dépôts que par emprunt obligataire. Enfin, on avait compris que le MES (système de sauvetage financé à la fois par les Etats et les marchés) devait renflouer directement les banques de façon à ce qu'elles ne contaminent plus les Etats. De même qu'un faux prix entraîne une série de faux prix, une mauvaise décision de politique économique (la création de l'euro) entraîne à sa suite d'autres mauvaises décisions....mal assumées par leurs promoteurs (le Président de l'Eurogroupe) et rejetées par les peuples (Italie) ou les parlements (cf. Chypre et la taxation des 100.000 premiers euros).

Si l'issue actuelle de l'affaire chypriote est morale puisque le contribuable européen n'a pas à payer pour les faux naïfs qui ont placé leur argent à des taux quasi-madoffiens (la fin de la socialisation des pertes et de la privatisation des profits est plutôt une bonne chose), le précédent qui a été créé génère de l'incertitude et, au-delà, de la défiance qui aboutit à accroître le coût du capital là où ces dernières s'installent. Si les dépôts disparaissent, les banques ne prêteront plus et la vélocité de la monnaie s'effondrera. Cela risque d'intervenir dans des pays déjà frappés par une austérité excessive. C'est dire si la monnaie est un bien collectif et si les banques doivent être soumises à une surveillance particulièrement serrée pour justifier d'un système de garantie publique. En attendant, la prudence des déposants qui va s'aiguiser contrariera probablement l'amélioration tendancielle liée au desserrement des contraintes budgétaires en Europe, sans toutefois l'annuler.

La lecture positive que nous pouvons faire de ces événements est que les dépôts inférieurs à 100.000 euros ont effectivement été sanctuarisés, que le plan ne fait pas peser de risque particulier sur les dettes souveraines (les taux périphériques se sont bien tenus) et que l'union bancaire devient encore plus urgente. En prenant du recul, on voit, d'une part, que malgré le rejet, par le parlement chypriote, du 1er plan, l'Europe et le FMI ont quand même accepté de prêter des fonds (sauvant la mise sur les plus petits dépôts) et, d'autre part, que les marchés à risque ne se sont pas effondrés, ce qui aurait été probablement leur destin il y a un ou deux ans.

Le thème que nous développons depuis quelques mois, à savoir que les politiques monétaires et budgétaires restent ou deviennent, à la marge, plus accommodantes, n'est pas remis en cause. Ce faisant, les 3 piliers qui sous-tendent un bon comportement des actions restent solides : les valorisations sont attrayantes, les liquidités sont supérieures à ce que l'économie requiert et les perspectives de croissance s'améliorent. Ce dernier point qui focalise l'attention et l'appréhension des investisseurs est de moins en moins contestable. Aux Etats-Unis, les enquêtes des FED régionales confirment le bon comportement de la consommation, le redémarrage de l'immobilier résidentiel ainsi que celui de l'emploi. La levée des hypothèques budgétaires devrait conduire les entreprises à poursuivre le redressement des investissements entamé fin 2012, tandis que l'effet-richesse a plus d'impact sur les ménages que les quelques sacrifices fiscaux qui leur sont imposés. Au Japonainsi qu’en Chine, les nouvelles administrations ont à cœur de relancer l'économie tout en luttant contre les situations acquises génératrices de mauvaise allocation du capital (spéculation immobilière en Chine). Quant à l'Europe, au-delà des divers épisodes méditerranéens, ses perspectives restent, sous la pression des opinions publiques légitimement impatientes, plus favorables, suite au desserrement de l'étau budgétaire couplé à des efforts pour améliorer la compétitivité. Le tropisme français, ancré dans une situation de plus en plus dégradée, ne doit pas nous faire oublier le contexte général d'une amélioration, au moins provisoire, tant que les peuples ont l'impression que leur voix est écoutée. Une fois que la zone euro aura durablement traversé à la hausse la ligne de flottaison, alors la situation deviendra paradoxalement plus dangereuse, car les soutiens artificiels disparaitront et les peuples exigeront les dividendes de leurs efforts.....ce que, du fait des contraintes que l'euro fait peser, ils ne pourront pas obtenir, sauf à croire que l'Allemagne va bouleverser son modèle social. Nous sommes encore à distance de cette période à risque et pensons que les piliers de la hausse des actions vont tenir.

Xavier Gandrille

Directeur de la stratégie - Amplégest

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