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Xavier Gandrille : Des creux de marché à saisir (bis)

Xavier GandrilleXavier Gandrille
Xavier Gandrille

Stratégiste économiste Stratégiste et économiste indépendant, Xavier Gandrille est un adepte de l’approche dite « top down » qui part de l’élaboration d’un scénario macroéconomique pour mettre en place une stratégie d'investissement. L’évaluation du contexte économique général – évolution de la …Lire la suite

(Tradingsat.com) - La dernière phrase de notre dernier point macro laissait prévoir une correction du marché en février. Les raisons étaient nombreuses qui ont, finalement, justifié cette respiration naturelle : quelques dissonances à la FED, des coupes budgétaires aux Etats-Unis, des élections italiennes d’où il ressort une majorité introuvable, la volonté des autorités chinoises de (re)calmer la spéculation immobilière. Si ces prétextes n’avaient pas existé, le marché en aurait trouvé d’autres. Rien de tout cela n’ébranle notre confiance dans les actions pour l’horizon prévisible (au moins un an) à venir. Au contraire, face au constat que les marchés se jouent (5% de baisse maximum en Europe) des contrariétés, on est bien obligé de convenir qu’ils puisent leur force dans des attendus fondamentaux. Une activité en amélioration, mais en-deçà de son potentiel, pas d’inflation, des politiques monétaires très accommodantes, des politiques budgétaires plus respectueuses du cycle, des valorisations raisonnables constituent le substrat du marché haussier qui n’est pas achevé.

Aux Etats-Unis, la « séquestration » des dépenses est le dernier avatar de la gesticulation des politiques qui n’assument pas les décisions visant à remettre de l’ordre dans les comptes publics. Les échéances du 1er janvier et du 1er mars coûteront 2 points de PNB dont une grande part est « one shot ». L’économie non marchande (Etats et collectivités locales surtout) est déjà en décroissance de 1% par an depuis 5 ans. Face à cela, l’économie marchande connaît une vigueur supérieure à 3% par an, grâce, notamment, à l’immobilier résidentiel et aux créations d’emplois. De surcroît, la FED semble finalement toujours encline à servir une dose de QE (« les avantages dépassent les coûts ») mais la suppression de la 3ème version ne nous arracherait pas les larmes tant il nous semble que ce programme est inutile : les taux longs n’ont pas vocation à exploser dans un monde qui se désendette (cf les taux au cœur de l’Europe).

La Chine fait partie de l’Orient compliqué et la lecture des statistiques peut être trompeuse. Les derniers indicateurs d’activité sont clairement décevants et les autorités ont l’air de s’agacer de la dérive des prix immobiliers ainsi que de la trop forte expansion du « shadow banking ». Elles ont raison et pour lutter contre ces dérives, rien de mieux qu’une libéralisation des marchés financiers avec des taux et la monnaie qui s’apprécient librement. Les taux aujourd’hui trop bas favorisent la spéculation ainsi que les officines où l’argent est mieux rémunéré que dans les banques. Les dépenses d’infrastructure, génératrices de gains de productivité et levier aujourd’hui favorisé par l’Etat, contribuent à soutenir la croissance que, à la faveur du déplacement de millions de ruraux vers les villes, nous ne voyons pas s’effondrer. Par ailleurs, pour lutter contre la spéculation immobilière, le gouvernement vient de prendre des mesures pour favoriser l’offre de logements ainsi que de terrains. Enfin, la baisse des prix alimentaires ne devrait pas conduire la Banque de Chine à rationner le crédit.

Les résultats du scrutin italien ont provoqué une émotion vite dissipée. C’est bien normal puisque les italiens ont voté contre le « fiscal cliff » que l’Europe s’inflige. Or, l’austérité est LE problème…. après l’existence de l’euro qui génère des différentiels de compétitivité insoutenables. Il n’est certes pas raisonnable qu’un quart de l’électorat se soit rangé derrière un personnage qui prône la semaine de 20 heures. Mais, la réaction, qui est comparable à celle d’autres peuples lorsqu’ils sont consultés, est à la hauteur du désarroi infligé par des politiques budgétaires oublieuses de leur impact sur l’activité, mesuré par le multiplicateur «réévalué » par le FMI. L’Italie bénéficie d’un excédent budgétaire primaire substantiel, ses comptes courants sont excédentaires et sa dette est très majoritairement détenue par les résidents. Par conséquent elle peut se permettre d’inaugurer une nouvelle politique budgétaire qui restaure la croissance, via des dépenses publiques autofinancées, génératrices de revenus (péages de routes, aéroports, réseaux d’eau,…) et non pas des dépenses de transfert, ni des dépenses qui ne rapportent rien (écoles, armée, hôpitaux….) en dehors du respect du contrat social que seule la croissance peut financer. La mauvaise gouvernance en Italie est ce qui peut troubler les marchés, pas l’expression du bon sens populaire qui est plutôt une bonne nouvelle. On s’oriente d’ailleurs vers une remise en cause de l’austérité, qu’il ne faut pas confondre avec une politique de réformes destinées à améliorer le potentiel de la croissance (productivité et démographie au travail), dans le cœur de l’Europe : la France a (probablement) obtenu de pouvoir reporter d’un an son objectif de réduction du déficit public et même la « vertueuse » Hollande vient de se voir accorder des délais pour retrouver un déficit public de 3%.

Plus que jamais, le désendettement doit s’accompagner d’un mix de politiques publiques qui n’hypothèquent pas la croissance. Par chance, cette idée chemine, de façon certes non linéaire, mais avec suffisamment de constance désormais pour penser que le pire est, provisoirement, derrière nous. Le caractère provisoire tient à ce que les conditions ne sont toujours pas réunies pour assurer la survie sans risque de l’euro, mais les risques extrêmes n’ont pas de raison de réapparaître à l’horizon d’investissement qui nous intéresse aujourd’hui, sauf erreurs de politique que nous ne pouvons pas anticiper.

Xavier Gandrille

Directeur de la stratégie - Amplégest

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