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Xavier Gandrille : Des creux de marché à saisir

Xavier GandrilleXavier Gandrille
Xavier Gandrille

Stratégiste économiste Stratégiste et économiste indépendant, Xavier Gandrille est un adepte de l’approche dite « top down » qui part de l’élaboration d’un scénario macroéconomique pour mettre en place une stratégie d'investissement. L’évaluation du contexte économique général – évolution de la …Lire la suite

(Tradingsat.com) - Il est des moments où celui qui prétend être dépositaire d’un savoir est mal à l’aise lorsque son analyse rejoint celle du plus grand nombre, comme s’il était dégradant de ne pas voir plus ou mieux que le commun des mortels. Or, le consensus qui se dessine aujourd’hui en faveur des actions peut ressembler à un de ces moments où la masse aveugle des investisseurs porte une classe d’actifs au pinacle, pour mieux s’en défaire éventuellement ensuite, ce que le stratège omniscient doit pouvoir prévenir. Pourtant, d’où que l’on regarde, il est difficile de ne pas rejoindre la pensée dominante qui, au surplus, ne se retrouve pas encore dans les volumes. Il y a loin des intentions aux actes. Toutefois, à court terme et après un trimestre de hausse sans discontinuer, l’optimisme est tel que, par opposition au consensus, nous pensons que le marché pourrait connaître une consolidation, quoique le cash à investir soit encore abondant, mais n’hypothéquant en rien la poursuite de la hausse des actions.

L’esprit humain est toujours guetté par ses excès : l’enthousiasme, la peur, la déprime. S’agissant de l’argent, le binôme est plutôt la peur et l’avidité. Nous venons de traverser une séquence de plus de cinq ans marquée par des craintes macroéconomiques, mais dont le traitement par les Banques Centrales (argent bon marché) et par les gouvernements (rigueur et déflation) a provoqué de l’avidité sur les marchés de taux. Il y a un moment où la valeur offerte par une classe d’actifs a été totalement extériorisée, ce qui est le cas de la plupart des types d’obligations aujourd’hui. A l’inverse, la dissipation de la peur vis-à-vis des risques extrêmes permet de révéler le potentiel des actions. Le marché n’entend pas par risque extrême, ni le débat fiscal américain, ni les élections italiennes, ni la situation des banques chypriotes, ni la guerre des monnaies déclenchée par les japonais, ni la récession qui étreint toujours la zone euro. C’est dire si la confiance est revenue, justifiée au demeurant puisqu’un risque ne devient extrême que quand il intervient par surprise sur une classe d’actifs qui a polarisé tous les intérêts, ce qui n’a manifestement pas été le cas des actions depuis 2007.

Le débat n’est pas clos sur le point de savoir si les Banques Centrales ont raison ou non d’adopter des comportements aussi agressifs. Par chance, on peut faire l’impasse sur la réponse et acheter des actions à court terme. En effet, si on pense que les Banques permettent à l’économie mondiale de sortir de l’ornière, ou de donner du temps aux Etats pour adopter des comportements vertueux, le cycle qui se profile justifie l’achat d’actions. Si, à l’inverse, on croit que les Banques jouent les apprentis-sorciers jusqu’à ce que l’inflation ou le défaut s’ensuive, alors il ne faut surtout pas garder les produits de taux, emprunts d’Etat en particulier. Rassurons-nous, l’inflation n’est ni pour demain, ni un drame absolu pour les actions. D’une part, la demande est encore déséquilibrée par rapport à l’offre, grâce à la mondialisation, ce qui étouffe dans l’œuf les germes inflationnistes. D’autre part, dans la formule d’actualisation des flux futurs qui sert à calculer le prix d’une action, si le numérateur (les bénéfices) croît parallèlement au dénominateur (les taux), le quotient ne change pas. Pour que la valeur d’une entreprise se déprécie, il faudrait qu’elle ne soit pas capable de répercuter l’inflation qui provoque la hausse des taux : c’est imaginable, lorsqu’il y a déformation de la rentabilité par inflation importée (choc pétrolier par exemple) ou par pression sur les salaires, mais, ça ne l’est pas, au plan global, lorsque l’inflation n’est que monétaire.

Rappelons aussi que dans la plomberie monétaire, il n’y a pas de fuite. L’argent injecté se retrouve quelque part : ou bien, il sert à gonfler le potentiel de production générateur de croissance, ou bien il se retrouve dans la hausse des prix des biens et services ou dans la revalorisation des actifs. Les actions n’ont rien à craindre d’aucune de ces circonstances, sauf à souffrir de la concurrence que peuvent exercer certains actifs plus attrayants en terme de potentiel. On en revient aux obligations qui avaient fait l’objet de défiance au début de la crise lorsque, en particulier, des questions de survie de certaines entreprises ou de solvabilité de certains Etats pouvaient se poser. Quelques épisodes de quantitative easing plus tard, la situation est perçue différemment. A tort peut-être, s’agissant des Etats, mais l’heure de vérité a été grandement décalée dans le temps. Toujours est-il que le comportement récent des obligations ne peut plus les qualifier pour absorber la liquidité supplémentaire créée.

N’oublions pas enfin que le triptyque « valorisations-inclinaison au risque-perspectives » reste favorable. Sur ce dernier point, les craintes sont inopportunes aux Etats-Unis, malgré le débat budgétaire, puisque l’effet-richesse des ménages, le retour de l’investissement résidentiel et le retard pris par l’investissement des entreprises soutiendront la croissance. Nous maintenons l’hypothèse d’une inflexion de la récession en Europe en milieu d’année et croyons en la capacité des nouveaux dirigeants chinois, conscients des vertus de la libéralisation du système financier, à perpétuer le modèle de croissance.

La correction à venir (maintenant, milieu du mois, fin du mois ?) offrira des occasions de renforcer les actions.

Xavier Gandrille

Directeur de la stratégie d'Amplégest

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