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> Plus Europe : Alitalia reste italienne aux dépens des Italiens
Lundi 1 septembre 2008 à 16:33 Imprimer Imprimer
ROME (Dow Jones)--Le Premier ministre italien Silvio Berlusconi a certes tenu ses promesses électorales en maintenant la compagnie aérienne Alitalia SpA dans le giron national, mais ses compatriotes regretteront peut-être de devoir en payer le prix sous la forme d'une hausse des impôts et des prix des billets d'avion.

Le tableau d'ensemble entourant le sauvetage d'Alitalia est plus inquiétant encore; le plan de redressement échaffaudé par le gouvernement italien semble annonciateur d'une tendance protectionniste plus générale qui ne présage rien de bon pour les perspectives économiques à long terme du pays.

Le gouvernement Berlusconi a remanié jeudi la loi sur les faillites, ouvrant la voie à un démantèlement de la compagnie aérienne, chroniquement déficitaire.

Cette modification législative va permettre à un groupe d'investisseurs italiens, qui s'est déclaré prêt à investir 1 milliard d'euros, d'acquérir les actifs potentiellements rentables d'Alitalia pour les faire ensuite fusionner avec la compagnie aérienne italienne rivale Air One SpA.

Mais tandis que les actifs de la compagnie aérienne tomberont dans l'escarcelle de ces investisseurs, son passif, composé notamment de 1,1 milliard de dettes ainsi que des indemnités de licenciement qu'elle devra verser à quelque 7.000 salariés, échoira en grande partie à l'Etat.

En comptant le prêt d'urgence de 300 millions d'euros de l'Etat - accordé à la compagnie aérienne pendant la campagne électorale d'avril alors que Berlusconi bataillait contre l'offre d'achat Air France-KLM SA- le coût total du sauvetage d'Alitalia et de son maintien dans le giron italien atteint 2,5 milliards d'euros, selon l'association italienne de contribuables Contribuenti.it.

C'est presque le montant des coupes dans les dépenses publiques d'éducation proposées par le gouvernement Berlusconi dans son budget 2009, lequel, de manière ironique, est axé sur le principe d'une baisse des dépenses pour réduire l'endettement de l'Etat sans augmenter les impôts.

Pour couronner le tout, les mesures du gouvernement suspendent les règles de la concurrence dans le secteur aérien, permettant à Alitalia d'obtenir les avions et créneaux horaires d'Air One.

Alitalia et Air One contrôlent à eux deux plus de 60% du marché italien et sont en situation de duopole sur les vols Rome-Milan, l'une des lignes les plus lucratives d'Europe.

Les prix des vols domestiques vont par conséquent augmenter ou rester élevés dans la plus grande partie de la péninsule, qui offre peu d'autres moyens de transport compte tenu de la faiblesse de ses infrastructures.

Cela ne sera pas pour déplaire au groupe d'hommes d'affaires italiens emmené par Roberto Colaninno, le patron de Piaggio SpA, qui va mettre la main sur les actifs juteux d'Alitalia. Pour le reste de l'Italie, ce sera une toute autre affaire.

Lorsque le gouvernement a adopté ces mesures, Silvio Berlusconi s'est targué d'avoir gardé Alitalia sous pavillon italien. Et quand Air France-KLM a déclaré qu'il serait intéressé par un investissement dans Alitalia, le chef du gouvernement italien s'est empressé d'avertir que les compagnies aériennes étrangères ne pourraient obtenir qu'une participation minoritaire dans la compagnie nationale.

Pourtant, c'est peut-être justement d'investisseurs étrangers qu'aurait besoin Alitalia. Cela permettrait à la compagnie aérienne de se libérer au moins partiellement de l'influence des syndicats et des pressions politiques qu'elle a subies jusque-là et qui l'ont conduite à perdre plus de 3 milliards d'euros au cours des sept dernières années malgré des injections massives de capitaux par le gouvernement.

Air France-KLM, numéro un mondial en termes de chiffre d'affaires, a longtemps été considéré par les experts du secteur comme le repreneur le plus logique pour la compagnie aérienne italienne, et jouit, depuis le rachat du néerlandais KLM en 2004, d'une très bonne réputation dans le domaine du redressement de la rentabilité.

Depuis des années, les pressions politiques empêchent Alitalia de choisir entre Milan et Rome pour sa plate-forme de correspondances et ses activités sont donc éclatées entre ces deux hubs, ce qui gonfle les coûts, les membres d'équipage résidant dans la capitale devant chaque jour être transportés vers la ville septentrionale.

Signe des temps à venir, les principaux alliés de Berlusconi se disputent déjà au sujet de la réduction des opérations à Rome.

Mais pour Berlusconi, la nationalité de la compagnie aérienne importe plus que ses perspectives de bénéfices. Cela n'a rien de surprenant si l'on considère la composition de plus en plus protectionniste de son gouvernement.

Son ministre de l'Economie, Giulio Tremonti, a écrit un livre dénonçant les maux de la mondialisation et ne manque pas une occasion de s'élever contre l'excès de confiance dans l'efficience du marché, tandis que son ministre de l'agriculture, Luca Zaia, s'est félicité de l'échec des négociations de l'OMC à Genève le mois dernier.

Alessandro Profumo, le patron d'UniCredit SpA, a succintement résumé le sauvetage d'Alitalia: "Je ne suis pas un enthousiaste de l'"italianisme". Au bout du compte, nous aurons un moins bon service à des prix plus élevés."

-Luca Di Leo, Dow Jones Newswires

(END) Dow Jones Newswires

September 01, 2008 10:33 ET (14:33 GMT)

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