par Joseph A. Giannone et Dan Wilchins
NEW YORK (Reuters) - Citigroup pourrait présenter vendredi lors d'une réunion d'investisseurs un projet de cession d'actifs non stratégiques dont le montant est susceptible d'atteindre 400 milliards de dollars (258 milliards d'euros), a-t-on appris de sources proches du dossier.
Le nouveau directeur général de la première banque américaine, Vikram Pandit, a également l'intention de réaffirmer son engagement de réduire d'environ 20% les dépenses annuelles du groupe, a précisé l'une des sources à Reuters jeudi.
Citigroup s'est refusé à tout commentaire.
Les cessions d'actifs envisagées pourraient représenter près de 20% du bilan du groupe et selon le Financial Times, qui a publié dans un premier temps l'information jeudi, elles pourraient s'étaler sur plusieurs années.
Même si Citigroup a déjà expliqué auparavant vouloir céder des actifs pour améliorer ses ratios de capitalisation, les montants évoqués étonnent et inquiètent certains analystes.
"La seule raison pour laquelle ils pourraient vendre autant d'actifs, c'est la perspective de pertes à venir supérieures aux estimations initiales", note Jim Huguet, du gérant de fonds Great Companies, qui ne détient aucun titre Citigroup.
Depuis la fin de l'an dernier, Citigroup a annoncé plus de 45 milliards de dépréciations et de pertes sur produits de crédit; parallèlement, il a levé plus de 40 milliards de dollars de capitaux, dont deux milliards cette semaine, et il a réduit son dividende de 41%.
En Bourse, l'action Citi a perdu 55% de sa valeur depuis un an, ramenant la capitalisation du groupe à 128 milliards de dollars environ. Le titre a fini jeudi à 24,30 dollars.
PANDIT CONTRE UNE SCISSION
On ignore encore la nature exacte des actifs stratégiques qui seraient mis en vente mais des analystes estiment qu'il pourrait s'agir entre autres des activités de crédit à la consommation aux Etats-Unis, au Japon, au Mexique et en Allemagne.
Lors de la réunion de vendredi, qui prévoit quatre heures de présentation aux investisseurs et analystes, Pandit devrait rejeter les appels à une scission du groupe, que certains observateurs jugent régulièrement trop gros pour être géré efficacement.
Il devrait au contraire vanter les mérites d'une combinaison entre les activités de banque de détail et de banque de gros et se prononcer pour des cessions en dehors de ces deux grandes branches.
Selon un analyste, le groupe aurait de fait intérêt à céder sa division de crédit aux étudiants aux Etats-Unis, une activité dont le cadre réglementaire a récemment évolué et dont la rentabilité a souffert des turbulences sur le marché de la titrisation.
Le Wall Street Journal a rapporté cette semaine que Citigroup pourrait vendre Primerica, un réseau de ventes au grand public de produits d'assurance vie et d'investissement.
Citi pourrait aussi envisager de céder une partie de ses actifs de trading, qui ont contribué pour une bonne part aux dépréciations massives des derniers mois, juge Thomas Russo, associé du gestionnaire Gartner Russo & Gartner.
DES DIZAINES DE MILLIERS D'EMPLOIS SUPPRIMÉS ?
"Tout dépendra du prix qu'ils en obtiennent et de la manière dont cela se passe, mais s'ils finissent par y arriver et s'ils s'en débarrassent, ce pourrait être une bonne chose pour Citi", a-t-il dit.
Un autre gérant a ajouté que le projet que présentera Pandit vendredi pourrait marquer un tournant dans l'histoire du groupe créé il y a dix ans par Sanford "Sandy" Weill.
Les investisseurs ont semblé, ces dernières semaines, vouloir croire à un début d'embellie pour le secteur financier, dont la crise déclenchée par l'effondrement du marché des crédits "subprime" pourrait toucher à sa fin.
Même si l'action Citi a regagné 30% depuis la mi-mars, le groupe suscite toujours des inquiétudes. Le titre se traite non loin de sa valeur comptable alors que des institutions financières en bonne santé sont généralement valorisées au-dessus de leur valeur comptable.
Le ratio de capitalisation Tier 1 du groupe est, sur la base du bilan à fin mars et des récentes levées de fonds, supérieur à 8,6. Il dépasse ainsi l'objectif que s'est fixé la banque mais le fait que celle-ci continue de lever des capitaux incite certains analystes à anticiper des dépréciations supplémentaires importantes.
Le bilan de Citigroup dépasse actuellement encore 2.200 milliards de dollars, en dépit des cessions déjà engagées par Pandit, qui incluent des participations dans les filiales CitiStreet et CitiCapital ainsi que l'émetteur de cartes de crédit Diners Club. Le groupe a aussi vendu pour environ 12 milliards de prêts liés à des rachats d'entreprises.
Un autre volet du projet attendu vendredi devrait porter sur la volonté du groupe de réduire ses charges d'exploitation d'une quinzaine de milliards de dollars, soit environ un quart des charges annuelles totales.
La banque a annoncé 13.200 suppression d'emplois depuis le début de l'année et les analystes estiment qu'elle pourrait en supprimer plusieurs dizaines de milliers d'autres, sur un total de 369.000 salariés fin mars.
Version française Gilles Guillaume et Marc Angrand
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